L’altermondialisme s’invite à Kita

Pour la troisième année consécutive et en contre-point du Sommet du G8, des mouvements sociaux africains s’étaient donné rendez-vous au Mali pour participer au Forum des peuples. Du 6 au 10 juin 2004, près de 700 participants venus de toute l’Afrique de l’Ouest et centrale mais aussi de Belgique, du Canada, de France et de Suisse, se sont réunis dans la petite ville de Kita, à quelques 300 cents kilomètres de Bamako.
Kita, ville martyre. Le choix de Kita ne doit rien au hasard. Jadis IIIe cercle de l’administration coloniale au Mali, le district de Kita présente aujourd’hui une économie agricole à bout de souffle, asphyxiée par l’imposition croissante des politiques néo-libérales. Un taux d’alphabétisation d’à peine 20%, un système de santé trop cher et inefficace, la mort programmée du transport voyageurs suite à la privatisation du chemin de fer Dakar-Bamako... c’est sous les traits d’une ville-martyre de la mondialisation néo-libérale que Kita accueillait ce rassemblement des peuples. Durant trois jours, paysans, villageois et représentants associatifs ont eu l’occasion d’apporter leurs témoignages, d’échanger leur points de vue et d’amorcer une réflexion commune sur les alternatives citoyennes, placée sous le signe du “refus de la résignation des peuples africains”.
La question paysanne à l’honneur. La question de la souveraineté alimentaire et de la destruction progressive des agricultures paysannes africaines a été au cœur des préoccupations. Comment en effet ne pas s’insurger contre un système qui à travers des instruments tels que l’OMC, l’accord de Cotonou ou les accords de partenariats économiques régionaux (APER), préconise l’ouverture des marchés agricoles et la mise en concurrence des paysans du monde entier ? Au-delà de l’indignation et de la contestation des politiques agricoles actuelles (voir pages suivantes), les discussions animées sur le sujet ont aussi permis de dégager plusieurs pistes de propositions alternatives. La déclaration finale du forum rappelle et exige quant à elle la “reconnaissance pour tout pays du droit, voire du devoir, de protéger son agriculture par des taxes à l’importation sur les produits alimentaires de base”.
Des services publics à l’agonie. Le défi de l’accès pour tous aux services de base (santé, éducation, eau, transport, électricité...) a également fait l’objet d’une attention particulière. Conséquences directes des programmes d’ajustement structurel imposés par le FMI et la Banque mondiale depuis les années 1980, l’agonie des services publics revêt aujourd’hui plusieurs réalités (voir pages 9 et 10). Et parfois très sournoises, comme pour le secteur d el’éducation.Ainsi, tenus de réduire les dépenses d’éducation et de “maîtriser” la masse salariale, les Etats africains n’ont d’autre choix que d’accepter le modèle de “contractualisation des volontaires de l’éducation” préconisé par la Banque mondiale. Ll’Etat est invité à recruter non plus des fonctionnaires mais de jeunes contractuels sous-payés (un tiers du traitement d’un enseignant débutant), sous-formés (formation de 6 mois au lieu de 4 ans), et ne bénéficiant pas de protection sociale. Ccomment l’école publique peut-elle dans de telles conditions offrir une éducation de qualité pour toutes et tous ?

L’annulation de la dette odieuse. Prolifération des armes légères, enjeu du statut foncier en Afrique,conditions d’exploitation des ressources aurifères, immigration du Sud vers le Nord, dégradation de l’environnement..., de nombreux thèmes étaient à l’ordre du jour. Sans compter la question de l’annulation de la dette. Plus de cinq heures de débats y ont été consacrées au cours desquelles les participants auront pu notamment s’informer et échanger sur les fondements et précédents juridiques justifiant l’annulation inconditionnelle de la dette odieuse. De nombreuses propositions y ont également été mentionnées parmi lesquelles la création d’un tribunal international de la dette chargé de régler les litiges entre débiteurs et créanciers.