On parle globalement des paysans et on oublie les femmes

Togola Dédé Kouandé.
Présidente des femmes rurales locales de Sikasso.

« Nous sommes plusieurs femmes ici mais aucune ou presque n’est venue à la tribune. A chaque fois, on parle globalement des paysans et on oublie les femmes - sauf quand on parle du micro-crédit. Et à chaque fois on nous dit que c’est pour ne pas créer des différences. Que quand on dit “paysans”, on parle de tout le monde. Lorsque l’on veut parler de ce que l’on vit, les hommes nous disent “vous vous départagez de nous”. Nous on ne veut pas ça mais nos activités ne sont pas les mêmes. Ils ne veulent pas le comprendre. On a des préoccupations particulières. Dans mon village, on est parvenus à s’organiser et à obtenir des appuis pour permettre de mettre en place des activités d’alphabétisation, de formation en gestion. Comment créer des activités génératrices de revenu, comment participer au marché, écouler nos productions, les conserver pour les vendre au moment où on ne les trouve plus, les transformer ? Ces questions-là sont essentielles pour nous. Il faudrait sans doute que nous organisions un forum des femmes mais on n’en a pas les moyens financiers.
J’ai passé plus de deux jours sur la route pour rejoindre Kita. J’ai quitté mon organisation pour venir ici, mon village, et je dois leur rendre compte. Je repars assommé par tout ce que j’ai appris, avec une grande envie d’aller de l’avant. Mais aussi un peu déçue. Je n’ai pas apprécié qu’on se moque de moi : Je n’ai pas froid aux yeux pour parler mais pour lire et écrire, je fais trop de fautes. Et quand j’ai dû lire un texte à la tribune, la foule m’a chamaillée. Je n’ai fait que 5 ans sur les bancs de l’école. Nous, les paysans, nous ne sommes pas lettrés. Je ne suis pas née française, je suis bambara et c’est la langue que je comprends. Il ne faut pas écarter les gens qui ne maîtrisent pas tout très bien, il faut les aider à progresser, leur en donner les moyens. Une rencontre comme ça, c’est aussi fait pour apprendre. Heureusement que l’organisateur à la tribune m’a soutenu, il a dit : “Ecoutez-là, laissez-la finir” et ça m’a encouragé. »

Togola Dédé Kouandé.
Présidente des femmes rurales locales de Sikasso.