Comme services publics, il ne nous reste plus que la police et l’armée... pour nous réprimer

Eau, terre, coton, énergie, télécoms..., au Niger, les privatisations s’enchaînent. Pour en témoigner, Cissé, Mamane, Ibo Fourératou et les autres avaient fait le voyage vers Kita. Trois jours de route éprouvants, avec la volonté de construire des ponts entre les résistances.

“Ce que vivent les Maliens n’est vraiment pas très éloigné de ce que nous vivons, explique Cissé, journaliste à Alternatives Niger. Je ne me sens pas ici à l’étranger. Nos pays appartenaient au même empire mandingue, avant les frontières héritées de la conférence de Berlin.”
Aux paysans maliens qui s’inquiètent de l’avenir du coton dans leur pays, Cissé rapporte la situation au Niger. “Nos paysans ne sont plus que des métayers sur leur terre. Nous sommes totalement exclus du débat sur le coton en Afrique puisque chez nous tout appartient aux Chinois. Dans la zone de Gaïa, la terre est fertile et généreuse et offre à ceux qui la cultivent deux récoltes par an. Des centaines d’hectares de ces terres ont été vendus aux Chinois par notre gouvernement qui leur a cédé notre industrie cotonnière, de la production jusqu’à la transformation.
La terre, c’est ce qui donne à l’homme sa dignité, sa fierté, le sens de sa vie. Mais au nom du néolibéralisme et d’une responsabilité politique passagère, le sort de ces paysans a été sacrifié ; ils sont devenus métayers sur la terre de leurs ancêtres, pour un salaire de misère qui ne leur permet pas de vivre et d’élever convenablement leurs enfants. Ils sont devenus comme on dit chez nous ‘les vaches les plus maigres qui vivent dans les prairies les plus vertes’. Les Chinois ont aussi acheté l’usine de transformation du coton. Les ouvriers y ont travaillé toute cette année jour et nuit pour fabriquer des pagnes, des pagnes et encore des pagnes pour un salaire de 27500 F cfa. On vient de les mettre au chômage technique, de leur dire de rentrer à la maison en s’asseyant sur la moitié de leur salaire dans un pays où le contrôle des prix n’existe plus, où la santé est privatisée, l’eau est privatisée, où le sac de riz de 50 kg coûte 15 000 F cfa quand ils ne gagnent que 12 500 F cfa.”

En 2002, la société française Vivendi Universal obtient le marché de l’eau au Niger. Le cahier des charges stipule qu’elle doit investir pour améliorer la distribution de l’eau. Il n’est pas respecté. En revanche, les prix ont grimpé en flèche, la pénurie s’est installée et, avec elle, la violence. “Niamey se divise en 60 quartiers, dans 40 d’entre eux, il n’y a de l’eau que durant une partie de la nuit, entre 3 et 6 heures du matin, témoigne Cissé. En mai dernier, pendant la crise de l’eau, le mois le plus caniculaire avec parfois 47° C à l’ombre, le bidon de 4 litres d’eau à pu être vendu à 100 F (un Nigérien moyen gagne moins de 1 dollar par jour). Au bord des puits, des forages, les gens en viennent à se battre. Après la guerre du feu, c’est maintenant la guerre de l’eau.”
“Vivendi a eu l’eau, il veut aujourd’hui l’énergie, poursuit son compatriote Mamani Sani. Face à son concurrent, le Nigéria, qui est notre fournisseur actuel, Vivendi en appelle à la ‘vérité des prix’. C’est pour nous une grave menace. A ce rythme-là, si l’énergie nous est vendue au prix du marché, nous n’aurons plus droit qu’à la lampe à pétrole”, s’inquiète-t-il. La compagnie nationale chargée de la distribution du lait vient également d’être privatisée, les télécoms vendues à un consortium sino-lybien. “Au Niger, c’est la privatisation sans limite. Nous n’avons plus de patrimoine national, plus de fonction publique, les fonds d’épargne retraite ont été gelés. Les 4/5e des jeunes Nigériens ne savent pas lire ni écrire. Nous avons un médecin pour 45 000 habitants alors qu’il en existe 160 qui chôment. De public, il ne nous reste plus que la police et l’armée... pour nous réprimer.”

Alternatives Niger, coopérative créée en 1996 autour d’un journal du même nom. Elle regroupe aujourd’hui une quinzaine de salariés, s’est enrichie d’une association, d’une radio 99.4 Niamey, d’un club des auditeurs, d’un espace multimédia, de production vidéo et de soutien à la création de jeunes groupes musicaux.

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