Tous ensemble pour construire un monde juste et solidaire ! Contre-sommet africain au G8 - 4ieme �dition
 

Migration et politiques d’expulsion / répression, droits humains et développement, devoir des gouvernements de Sud. Quelles synergies d’actions de la société civile ?

Introduction :

L’homme n’est pas un arbre ; il est dépourvu de racines ; il a des pieds ; il marche. Depuis que l’homo sapiens existe sur cette terre, il s’est toujours déplacé à la recherche de meilleures conditions de vie. Cette mobilité humaine est perceptible aux quatre coins du monde, particulièrement dense dans l’espace méditerranéen, aire traditionnelle de conflits, de guerres civiles, de tensions ethniques et idéologiques mais aussi d’échanges, de brassage des ethnies et de culture.

Aucune nation ne peut se vanter d’avoir toujours vécu au même endroit. Les personnes et les familles migrent à la recherche d’un emploi mieux rémunéré afin d’améliorer leurs condition de vie.
Selon les dernières estimations de la Division de la population des Nations Unies, 180 millions de personnes vivent en dehors de leurs pays d’origine, soit 2,9% de la population mondiale.
C’est cet instinct de mobilité qui explique comment le nombre de pays d’accueil, d’émetteurs de flux migratoire et ceux qui sont à la fois de destination et d’émission a augmenté de manière notable. Entre 1970 et 1999, sur 152 pays, le nombre de ceux considérés comme destination des migrants est passé de 39 à 67, celui des pays émetteurs de flux migratoires est passé de 29 à 55.En revanche, le nombre des pays considérés à la fois émetteurs et récepteurs de flux migratoires est passé de 4 à 15.

Action migratoire de l’homme à travers le globe terrestre et à travers le temps :

Le mot « migration » vient du latin « migrare » qui signifie se déplacer ; elle trouve son origine, suppose t- on à la fin des périodes glaciaires, les oiseaux occupant une aire de répartition plus méridionale, commencèrent à occuper, en été, les terrain favorables dégagés de toute glace.

La migration internationale de main-d’œuvre a vraiment commencé avec l’esclavage.
Dans son évolution, le phénomène va partir du plan Marshal avec la crise de main-d’œuvre en Europe. De 1945 à 1970, les Européens se sont orientés vers l’Afrique pour permettre un recrutement de main-d’œuvre bon marché. Les migrants africains arrivent sans difficulté en Europe.
L’importance de l’immigration des travailleurs étrangers venus en France par leurs propres moyens, pour y trouver un emploi, a continué de s’accroître. Cette forme fut toutefois tolérée et l’absence de contrôle de l’immigration « clandestine » à l’époque se justifiait pour reprendre un argument du Ministre des affaires sociales du Général De Gaules, Jean Marcel Jeanneney, par les besoins de l’économie française. La migration « clandestine » offrait dans le contexte d’alors de grands avantages financiers et sociaux aux entrepreneurs.
Avec la crise pétrolière en 1973, l’Europe connaît le chômage et sort du plan Marshal. Le migrant, plus particulièrement le migrant africain, est vu comme un prédateur d’emploi.

La crise financière de 1980 aggrave le chômage. La question de l’immigration rentre dans le discours politique, utilisée comme un slogan électoraliste auquel s’oppose le patronat qui encourage la migration « illégale ».
La question est qu’on s’interroge à savoir s’il s’agit d’une migration « clandestine » ou d’une migration sociale et économique ?
Pour se protéger, les Européens créent la formule de visa : ETATS SCHENGEN. Le nom de cette petite bourgade viticole du Luxembourg devint désormais lié à une panoplie de dispositif réglementaire et de digues administratives destinés à contrôler en amont les flux migratoires.

Les dispositifs réglementaires :

La loi Schengen, 26ème modification de l’éternelle ordonnance du 2 novembre 1945 du Général de Gaulle, continue d’opter en faveur de la « maîtrise des flux migratoires. » Les dispositions prises à la suite de la convention d’application des accords de Schengen signée en juin 1990 (établissement de visa, de contrôle rigoureux aux frontières, système très sélectif de délivrance de permis de travail,) ont réduit l’émigration légale.
Ces dispositifs réglementaires, destinés à contrôler en amont les flux migratoires, vont soutenir la logique de l’ostracisme, ils vont aboutir à une véritable fermeture des frontières entravant de manière constante la circulation des personnes.

Dans un monde inégal en matière de richesses et de respect des droits, les ressortissants de quelque 126 pays sont aujourd’hui soumis, par l’Europe, à l’obligation de visa selon les accords de SCHENGEN de 1995, la liste à laquelle il convient d’ajouter 22 pays supplémentaires, considérés comme étant « à risque migratoire » par le gouvernement français. En 1987 la France avait délivré 5,6 millions de visas. Au lendemain de l’instauration de la loi du 9 septembre 1986, Charles Pasqua 1, (ajoute aux conditions d’entrée l’obligation pour l’étranger de justifier de ressources suffisantes), elle n’en a plus attribué que 2,3millions.
La loi du 24 août 1993 complétée par la loi du 30 décembre 1993, Pasqua 2, (revient en gros au système de la loi du 9 septembre 1986 en ce qui concerne l’expulsion.)

La loi Charles Pasqua, a eu des effets pervers, elle a engendré le développement de l’émigration « illégale » notamment à destination de l’Italie et de l’Espagne.

Si les frontières ont disparu à l’intérieur de l’Europe, elles se sont transformées en camps à l’extérieur de l’Europe. Cette politique des camps s’est instaurée en Afrique, en particulier entre la Méditerranée et le Sahara. L’Afrique du Nord subit une forte pression de la part de l’UE pour renforcer le contrôle de ses frontières, dissuader et refouler les migrants subsahariens vers l’Europe. Bref, pour jouer le rôle de « gendarme » de l’Europe et de zone de tampon.

Le mot clandestin est-il nouveau pour le phénomène migratoire et depuis quand ?

La migration « clandestine » n’est certes pas un phénomène nouveau, dès les années 50 et surtout 60 et 70, elle existait parallèlement à la migration légale. En France, par exemple, dès l’après guerre, l’immigration « clandestine », en provenance d’Espagne et d’Italie, avait pris une certaine intensité. L’histoire a établi que ce sont des jeunes Européens qui ont fui la misère de l’Europe pour aller peupler les Etats Unis d’Amérique, l’Australie et le Canada ; les Palestiniens creusent des tunnels pour rejoindre les villes Israéliennes où ils peuvent trouver du travail ; les Sud-sahariens aussi transitent par Gao, ville malienne du nord située aux portes du désert puis l’Afrique du Nord pour se rendre en Europe.

Ce qui est sûr, c’est que la migration qualifiée d’irrégulière, d’illégale ou encore de clandestine prend en ce début du XXI ème siècle une importance considérable, c’est un phénomène mondial très répandu aussi bien dans les pays développés, que dans les pays en voie de développement. La logique de fermeture des frontières sera impuissante à stopper l’immigration.
Non, ce n’est pas à l’heure de l’explosion des moyens de transport et de communication que l’on va demander à chacun de rester chez soi.
Aussi, force est de constater que tout contrôle parait patente, car chaque jour, dans les conditions difficiles et au prix parfois de leur vie, des milliers de personnes s’expatrie, à la recherche de meilleure de vie dans les pays de la rive Nord.

La responsabilité est indiscutablement partagée.

De nos jours, est-il excessif de soutenir que le continent africain accuse un énorme retard en matière de développement économique ? Assurément non. La réponse donnée peut se prévaloir des indicateurs suivants :
- près de la moitié de la population vit avec moins d’un dollar US par jour ;
- le taux de mortalité pour les enfants de moins de 5ans atteint 140 pour 1000 ;
- moins (-) de 50% de la population ont accès à l’eau potable ;
- 18lignes de téléphone pour 1000 personnes contre 567 lignes dans les pays développés ;
- le taux d’alphabétisation pour les personnes de plus de 15 ans est de 41% ;
- L’espérance de vie à la naissance est de 54 ans seulement.

La colonisation, la déportation des bras valides et l’exportation abusive des ressources naturelles, peuvent être considérés comme les raisons de ce triste visage du continent.
La décennie du développement proclamée à cor et à cri, au début des années 1970 par les instances onusiennes ainsi que les programmes ultérieurs animes ou par les institutions de Breton Wood, n’y ont rien fait.
Par ce que fondés sur l’assistance, ils ont davantage contribué à creuser le fossé entre une Afrique peu sûre d’elle-même bien que recelant d’énormes ressources matérielles et humaines, et un monde développé devenant de plus en plus riche.

En Afrique subsaharienne, il y a une recrudescence de la pauvreté qui non seulement répandue mais extrême dans certains pays. Selon un rapport de la CNUCED (Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement), 32 pays parmi les 42 les moins avancés sont africains. On estime que 47.5% des personnes vivent en dessous du seuil de la pauvreté (moins de 1 dollar par jour) .Le nombre de pauvres dans la région a augmenté de 82 millions entre 1990 net 2000 et 100millions à l’échéance 2004.
De même, tous les ans en Afrique subsaharienne, meurent : 1.2millions de personnes de paludisme, 3.1millions de Sida, et plus de 3millions de faim. Presque 8millions par an pour des causes qui ont une solution et dont le coût n’excède pas 10millions de dollar, l’équivalent de 0.04% du PIB des pays de l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economique.)
C’est l’extension de poches de misères et de ces fléaux et le « mal de vivre » qui en résulte qui pousse la Jeunesse subsaharienne à regarder de plus en plus vers le Nord et à considérer l’Algérie et le Maroc, qui ignore aujourd’hui l’histoire de l’Afrique comme une destination transitoire.
Malgré le fait que le Maroc a ratifié la convention de Genève et la charte africaine des droits de l’homme et des peuples ces migrants sont réprimés et harcelés de toutes parts, privés de tout droit, n’ont finalement pas d’autre choix que de « s’enfermer dans les camps pourtant « ouverts » puisqu’ils ne peuvent pas circuler.
L’Afrique et l’Europe sont comme la poule et l’œuf, qui a fait qui ?
Ces deux continents ont tellement cheminé ensemble pour prétendre que les deux continents s’ignorent. Paradoxalement, ce sont les ex puissances coloniales qui ont balkanisé et continuent d’appauvrir l’Afrique par des traités et des accords inéquitables, qui s’adonnent à ce genre de battue digne du précambrien.
Et pourtant, ces mêmes anciennes puissances coloniales n’avaient pas demandé l’avis des Africains, lorsque, l’arme en bandoulière, elles avaient débarqué sur notre continent. Elles n’avaient pas non plus demandé l’avis de l’Afrique lorsque, à coups de crosses, de cravaches et de baïonnettes, des milliers d’enfants du continent furent amenés de force sur les théâtres d’opération pour servir de chair à canon dans des guerres qui ne les concernaient pas directement. C’est l’Afrique qui continue à financer le développement de l’Europe :
Aujourd’hui les bénéfices nets du groupe Total-Fina-Elf, particulièrement implanté en Afrique, s’élèvent à 12Millions d’Euros par an, soit plus du double du volume global de l’Aide publique au développement de la France.
Comme vous pourrez le constater, les défis à relever sont gigantesques. Cependant : « Ne pas pouvoir faire ce que l’on souhaite ne constitue jamais une excuse valable pour refuser de faire ce qui est en notre pouvoir. » Dotés de courage de prendre des risques ainsi que des compétences et d’une volonté collective d’agir, nous sommes à même de réaliser des changements.

La nouvelle initiative africaine devrait être le cadre du développement durable de l’Afrique. Elle constitue un engagement de la part des responsables africains, repose sur une vision commune et la conviction ferme et partagée qu’il est de leur devoir d’éliminer d’urgence la pauvreté et d’engager leur pays, individuellement et ensemble, sur la voie d’une croissance et d’un développement durable, tout en participant activement à l’économie mondiale et à la vie politique internationale.

Le continent africain est doté de ressources naturelles suffisantes pour pouvoir être autonome sur le plan alimentaire. Il ne devra pas devenir le dépotoir des produits alimentaire et d’aliments génétiquement modifiés des pays développés.

C’est dire que l’Afrique doit cesser de gémir et de ressasser ses griefs contre l’Europe ingrate. En réalité, dans cette désespérante situation, autant les dirigeants occidentaux sont coupables, autant les dirigeants sont condamnables.
L’inhumanité des occidentaux est à la hauteur de l’irresponsabilité et de la cupidité des dirigeants africains. Pendant plus de 40ans, les occidentaux ont déversé de l’argent sur l’Afrique, même s’il s’agit de prêts dont la plus grande partie retournait en occident sous forme d’acquisition, de service, d’honoraires.
Qu’ont fait les dirigeants africains de cet argent ?

En Afrique, lorsqu’on parle du train de vie insultant de l’Etat dans un océan de misère, il faudrait plutôt parler du train de vie irréaliste des dirigeants.
En effet, il y a longtemps qu’entre ces derniers et les citoyens ; le fossé est béant. Pour tout dire, il ne sert à rien de diaboliser systématiquement l’occident quand les dirigeants africains montrent peu d’intérêt pour le bien être de leurs citoyens qui pataugent dans la misère.

Statut du migrant clandestin :

Les migrants se caractérisent entre autres comme suit :
- Les personnes entrées clandestinement dans les pays d’accueil et non régularisées ;
-  Les personnes qui, entrées régulièrement et ayant épuisé leur séjour légal, décident de rester sur le territoire du pays d’accueil ;
- Les personnes qui occupent un autre emploi que celui autorisé par le contrat du travail.
La gestion du dossier de l’immigration revient comme un leitmotiv chez tous les responsables africains, officiels ou non, impliqués de près ou de loin, il faut en convenir que les arguments ne manquent pas pour lui donner consistance.
L’action des migrants en faveur du développement de leur pays d’origine et d’accueil est absente du discours politique et méconnu des populations du Nord, qui criminalisent l’émigration illégale, assimilée au terrorisme, à la délinquance. Sa reconnaissance et sa valorisation constituent une urgence et représentent l’offensive face à la xénophobie. La valorisation du potentiel étranger dans la réalité de la coopération au développement nous paraît donc indispensable, d’autant plus que, les revenus issus de l’immigration apparaissent nettement supérieurs aux ressources de la coopération bilatérale et multilatérale.
On estime à plus de 100 milliards de dollars les flux annuels de transferts financiers des travailleurs migrants résidents dans les pays industrialisés vers les pays en développement (world Bank, 2003).

Questions clées :

- La migration ;
- La libre circulation des personnes ;
- La recherche de meilleure condition de vie ;
- La criminalisation de l’immigration ;
- La difficulté d’accès et l’emploi précaire ;
- Le déséquilibre entre le Nord et le Sud ;
- L’intégration Africaine et l’immigration ;
- La mauvaise gouvernance et le surendettement des pays du Sud ;
- Les conflits ;
- La potentialité de l’Afrique ;
- La valorisation des ressources locales et nationales.

Propositions :

- Le respect strict des textes internationaux concernant les droits humains et les droits économiques, sociaux et culturels et régissant les droits des migrants et demandeurs d’asile.
- La mise en œuvre effective des accords et conventions signées sur le plan sous- régional et régional ;
- L’acceptation de la migration comme un facteur de développement ;
- La consolidation des régions économiques ;
- La stratégie d’intégration pour contrôler la sortie de nos ressources ;
- L’enseignement de l’esprit de patriotisme ;
- L’implication des jeunes et des femmes à la prise de décision et à la mise en œuvre des accords et conventions ;
- Développer au sud des dispositifs spécialisés d’accompagnement des initiatives des Jeunes et femmes notamment s’appuyer sur les associations pour les accompagner ;
- Trouver dans le pays natal les moyens normaux de subsistance.

Recommandations :

-  faire en sorte que les accords de réadmission ne soient pas signés par les africains ;
-  mener une campagne en Europe pour combattre la réadmission ;
-  dénoncer les arrangements entre les ambassades africaines et les gouvernements européens ;
-  dénoncer la complaisance de certaines ONG des droits de l’homme ;
-  renforcer la lutte des expulsés ;

Conclusion :

En dépit de la complexité des enjeux, les demandes des africains sont simples et réalisables : Annuler la dette et rendre le commerce mondial plus juste.

La nouvelle société ne peut être bâtie qu’avec la participation la plus active, la plus énergétique des jeunes et des femmes, réservoir où sont puisés les cadres dirigeants, moteur du développement de l’Afrique, qui ne doivent pas agir en exécuteurs dociles de la volonté d’autrui ; mais en créateurs conscients des formes nouvelles de la vie sociale.

Le Royaume du Maroc a accueilli, la conférence ministérielle euro- africaine sur la migration et le développement du 10 au 11 juillet 06 .cette initiative avait deux (2) axes :
-  la sécurité, le contrôle, répression, réadmission ;
-  le développement ;

Le Forum des Peuples est une chance historique à saisir ; elle doit trouver une alternative à l’immigration pour répondre au besoin irrépressible de l’être humain de vivre décemment dans la dignité grâce au travail et permettre aux dirigeants africains de mettre l’accent sur le développement du continent au lieu et place des aspects sécuritaires.

Bassidy DIABATE
CAD - MALI / JEUNESSE UNION AFRICAINE JUA /MALI
Email : diabateb2001 nGt yahoo.fr

 
Forum des Peuples 2006 - Gao, Mali.
Coalitions des Alternatives Dette et Développement (CAD-Mali)

Contact : contact ATr forumdespeuples.org