Tous ensemble pour construire un monde juste et solidaire ! Contre-sommet africain au G8 - 4ieme �dition
 

Drame des Migrants africains :

Entre pillages des ressources de l’Afrique et répressions/expulsions de ses fils.

Lundi 03 juillet 2006 trois de nos confrères africains ont été abattus sur la triple frontière dans l’enclave de Millia, le même jour deux embarquement ont échoué au large de la ville de Laâyoune au sud du Maroc avec un bilan cette fois plus lourde de 26 morts. Malheureusement le gouvernement marocain continue de faire le sale boulot de gendarme de l’Europe tant à l’égard des immigrés sub-sahariens en transit, qu’à l’égard de ses propres citoyens !. Et c’est dans ce contexte tragique que le Maroc a accueillie le 10 et 11 Juillet à rabat une conférence euro-africaine ministérielle sous le thème « migration et développement ». Cette conférence qui vise principalement à faire pression sur les gouvernements africains à fin de les inciter à renforcer leur politiques sécuritaire de répression/expulsion des candidats à l’immigration. Ne sont mises sur la table que des aides ponctuelles, dans certains cas bien symboliques, qui seront utilisées comme chantage et paiement de politiques empêchant l’émigration, pour finalement construire un nouveau rideau de fer, qui empêche les africains de sortir de l’Afrique. Dans cet article nous allons essayer de comprendre les conditions objectives qui mènent chaque jour nos confrère à se jeter dans des aventures d’immigration de plus en plus dangereuses, ensuite nous allons nous arrêter sur les politiques sécuritaire d’expulsions répression suivi par l’EU et sous traité aux pays de transit (Maroc, Algérie, Libye, Mauritanie et même le Sénégal...) pour terminer notre article par quelques revendications pour une alternative humaniste et solidaire de gestion du phénomène migratoire.

I. Mondialisation et phénomène migratoire

IL faut peut être rappeler dès le départ que le phénomène d’immigration n’est pas spécifique aux seuls pays africains et ne date pas d’hier, car les populations en difficultés ont toujours cherché de trouver des solutions dans des terres éloignées. Bien au contraire puisque l’ensemble des migrants Africains toute destination confondue ne dépasse pas 9 % de l’ensemble des migrants dans le monde estimés à moins de 200 millions [1]. Aussi et contrairement à ce qu’on peux croire suite à la désinformation de l’appareil médiatique Européenne, ces migrations sont en majorité interne au continent Africain : 17 millions contre 3 millions seulement vers l’Europe !!
Nous somme loin donc de l’invasion de l’Europe par les immigrés africains !!

Les migrations donc ne sont ni un phénomène récent ni un phénomène localisé. Les hommes et les femmes ont commencé à quitter leur terre d’origine à la recherche d’un meilleur travail et de meilleures conditions de vie depuis l’introduction du travail rémunéré. Ils peuvent également quitter leurs pays pour des raisons liées à des conflits civils, l’insécurité ou des persécutions.

Toutefois, le phénomène de migration aujourd’hui est intimement lié au conditionnement général du monde entier qui est opérée par les grandes firmes supranationales dans le seul objectif de maximisation des profits d’une poignée de centaines voir de milliers d’actionnaires parasites et au détriment de millions voir de milliards de vies humaines, ce conditionnement appelé communément « mondialisation libérale » et qui signifie entre autres : libre circulation des capitaux, suppression des barrière douanière, flexibilisation « ou précarisation » de l’emploi ; déréglementation, suppressions des subvention des produits de première nécessité, démantèlement du service public etc. cette dictature des marchés en marche depuis quelques décennies, a entraîné une forte concentration des richesse entre les mains des plus riches et un appauvrissement encore plus grave des populations pauvres notamment ceux des pays du sud. Cet appauvrissement est due essentiellement aux politiques économiques et financières imposées par les pays du nord à travers les accords de libre échange multilatéraux et bilatéraux ainsi que par le biais des institutions financières internationales (FMI, BM, OMC).

Cette situation est aussi le résultat de recettes économiques désastreuses dans le cadre du tristement connu PAS : le programmes d’ajustement structuraux dictés par ces institutions et appliqué par des gouvernements du sud souvent corrompus et antidémocratiques.

Ces programmes, se caractérisent par :
• le « dégraissage » de la Fonction Publique, souvent principal employeur.
• la privatisation des entreprises d’Etat, accompagnée de licenciements massifs.
• des coupes drastiques dans les budgets sociaux (santé, éducation...).
• la baisse des salaires réels.

Ce qui a pour conséquence, assez visible, la paupérisation croissante de la population de ces pays. Le Programme d’ajustement structurel (PAS) a désarticulé les faibles économies africaines sans apporter des changements positifs tout en mettant plus accent sur le remboursement de la dette.
Cette dette qui a été remboursée plusieurs fois : pour 1 $ dû en 1980, les Etats africains ont remboursé 4 $ mais en doivent encore 2,5 ! [2] est devenue un instrument de domination et de pillage. Elle organise un transfert de richesses des populations du Sud vers leurs riches créanciers. Comme le dit la CNUCED, prônant "une annulation totale de la dette de l’Afrique" : "La poursuite du service de la dette par les pays africains constituerait un transfert inverse de ressources au profit des créanciers de la part d’un groupe de pays dont tout indique qu’ils en ont moins que d’autres les moyens".
Sachant que les infrastructures et les services publics essentiels représentent de puissants facteurs de croissance endogène, tout investissement public conséquent est rendu pratiquement impossible par le poids de la dette et la contrainte d’austérité budgétaire qu’il implique.
Face à cette situation devenue insupportable nos concitoyens africains notamment les plus jeunes n’hésitent pas à fuir leurs pays d’origine dans des aventures de plus en plus dangereuses et parfois mortelles pour atteindre l’« Eldorado » Européen.

Les gouvernement des pays d’accueil ont durci les conditions de délivrance des visas et des titres de séjour avec de long files d’attente parfois humiliantes devant les consulats de ces pays. Ce durcissement a poussé les candidats à l’immigration vers la solution de la « clandestinité » comme le fait remarqué le représentant de l’OIT auprès de l’Organisation des Nations Unies, M. Gareth Howell, " les restrictions de plus en plus rigoureuses à l’immigration accroissent le trafic de migrants, qui s’accompagne souvent de conséquences tragiques pour les personnes".

II. Approche sécuritaire expulsion/répression

Nous étions tous choqué par les scènes de septembre 2005 des clandestins qui prennent en masse l’assaut des barbelés qui délimitent les frontières espagnoles, au risque de leurs vies, et le traitement inhumain qui leur a été réservé par les autorités marocaines et espagnoles. Certains clandestins ont été abattus, d’autres transportés loin dans le désert sans aucune assistance. La communauté internationale et les organismes internationaux ont mis du temps pour réagir, tandis que les autorités politiques des pays d’origine n’ont réagi que tardivement et timidement après que cela ait créé un scandale de voir ces gens abandonnés à leur triste sort. Et leur rapatriement ne semble pas régler le problème car au même moment de rapatriement, il y’a d’autres disséminés à travers d’autres pays du Maghreb qui sont prêts à tenter l’aventure. Et le rapatriement vers les pays d’origine est plus complexe et touche les ressortissants de plus de 40 pays d’Afrique, y compris Maroc.
Répression, expulsion et rapatriement sont les bases fondateurs de la politique anti-immigration menée par l’UE et sous traité au pays Africain de transit dans un objectif surréaliste et même contre nature de « zéro immigration » !
De nombreux rapports dénoncent les morts par balles, les coup, les blessures et autres mauvais traitements dont sont victimes les migrant-e-s des deux côtés des barrières. Malgré cela, les patrouilles des frontières espagnoles et marocaines continuent à utiliser la violence presque sans aucun contrôle et sans avoir à en répondre aussi bien aux yeux de la législation de leur pays respectif qu’à ceux du droit européen ou du droit international.
Aujourd’hui la mondialisation du monde sécuritaire et contrairement aux slogans si brillants des défenseurs du néolibéralisme et de l’ordre (en fait du désordre) mondial nouveau qui promettait après la chute du mur de Berlin, un monde de prospérité, un monde qu’on assimilait à un petit village. Aujourd’hui et après ¼ de siècle on assiste à une mondialisation des guerres, une montée en puissance du racisme envers les migrant qui sont les principales cibles de la discrimination et de l’hostilité xénophobe, on assiste à l’érection de plus en plus de murs de séparation raciste partout dans le monde.
Les tristes événements des clandestins africains sur le territoire marocains et les enclaves espagnoles de Céuta et Melilla, interpelle aussi les gouvernements du sud sur leur capacité, pour ne pas dire leur volonté, d’apporter des solutions adéquates aux problèmes cruciaux qui minent le développement de ce continent. Ces événements traduisent également le désespoir grandissant des jeunes africain-e-s désemparés par le manque de répondant de leurs dirigeants face aux besoins les plus élémentaires et à leurs droits fondamentaux.

III. Quelles sont nos revendications

a. Le Droit à la libre circulation
La Déclaration universelle des droits de l’homme des Nations unies (1949) indique, en son article 13, que "toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un Etat. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays". Pour être conséquente avec elle-même, l’ONU aurait dû prévoir l’obligation pour tous les Etats de laisser libre l’entrée sur leur territoire.
Et le risque d’invasion ? Jusqu’en 1986ِ on ne s’en souvient pas toujours, il n’y avait pas d’obligation de visas pour les pays africains. Il n’y a pas eu d’invasion. Quand l’Espagne et le Portugal sont entrés dans la Communauté européenne, on nous a prédit la submersion !

La liberté de circulation permettrait enfin aux migrants de ne pas se fixer indéfiniment en France et en Europe s’ils ne le souhaitent pas. On ne dit jamais que, dans de très nombreux cas, ils veulent seulement y passer quelques années, le temps de faire des économies ou d’acquérir des compétences nouvelles avant de regagner leur pays. Or, sous le régime de la fermeture des frontières, la délivrance des autorisations de séjour et de travail est si stricte qu’ils n’osent plus repartir et finissent par tenter de faire venir leur famille avec eux, légalement de préférence, ou illégalement si leur demande est rejetée. En garantissant le droit à l’aller et au retour, la liberté de circulation facilite la fluidification des flux migratoires et favorise un véritable co-développement.

b. Les immigrés ne sont pas une marchandise
A l’obstination de la vision libérale utilitariste, nous proposons de substituer celle de l’avancée vers l’égalité des droits. Ce renversement de perspective est le levier pour "remettre à l’endroit ce que le libéralisme fait marcher à l’envers".

Comme on l’a vu, la politique de fermeture des frontières est aussi illusoire que néfaste. Elle se traduit par la précarisation d’un volant important de main-d’oeuvre qui satisfait les exigences du libéralisme et qui prépara l’accueil dans des conditions d’exploitation hautement favorable aux patronat européen dans les prochaines années : on estime à 15 millions le nombres d’immigrés que doit accueillir l’Europe d’ici 2025 pour faire face à ces besoins en main-d’oeuvre.
Fonder la politique d’immigration sur le principe de la liberté de circulation, instaurer une stabilité du séjour, c’est-à-dire aujourd’hui la régularisation de tous les sans-papiers et le retour à la carte unique de dix ans, permettre la naturalisation sur simple demande après une certaine durée de séjour régulier, supprimer l’offre de travail illégal, lutter contre les discriminations, obtenir l’accès des étrangers aux emplois qui leur sont aujourd’hui fermés, instituer le droit de vote à tous les échelons telles sont les conditions du renversement de perspectives que nous préconisons. Un tel renversement est impossible sans la mobilisation active des militants de la société civile africaine dont le travail doit commencer par la compréhension, l’analyse et l’information sur le phénomène migratoire en le restituant dans le cadre de la division internationale de travail et dans le cadre des accords néo impérialistes de « partenariat » euro-africain.

M.Jawad
Attac Maroc

 
Forum des Peuples 2006 - Gao, Mali.
Coalitions des Alternatives Dette et Développement (CAD-Mali)

Contact : contact ATr forumdespeuples.org