Tous ensemble pour construire un monde juste et solidaire ! Contre-sommet africain au G8 - 4ieme �dition
 

Aperçu sur la gestion rationnelle des écosystèmes comme moyens d’amélioration de la santé humaine.

1- Définitions et Concepts

1-1 Définitions
Notre environnement, c’est tout ce qui nous entoure, le monde vivant, (les animaux, les plantes, les hommes) et le monde physique ( les sols, les cours et points d’eau, le relief, le climat. etc....)
La couche de terre où la vie est possible s’appelle scientifiquement la biosphère. Elle comprend la partie inférieure de la couche atmosphérique où se trouve l’air, les cours et points d’eau et à peine quelques mètres de sols en profondeurs. Le soleil fournit aux êtres vivants de la biosphère l’énergie dont ils ont besoin pour vivre. La chaleur et la lumière leur sont indispensables.

La biosphère (écosystème universel) est en fait le système biologique géant constitué d’une multitude de systèmes plus restreints que l’on désigne sous le nom d’écosystème.
Un écosystème est l’ensemble d’un habitat non vivant (un territoire donné, le milieu physique ou biotique) et les populations qui l’occupent :
(la communauté biocénotique ou biocénose) qui regroupe tous les êtres vivants, toutes les espèces de la flore et de la faune avec l’ensemble des interactions qui les unissent.
Exemple un manguier avec ses nids d’oiseaux, les insectes qu’il abrite, le sol où il a ses racines, le microclimat qu’il entretient sous ses branches constituent un écosystème. De même qu’un fleuve, une mare, une forêt, une savane, une steppe, un désert.

1-2 Concept
La Santé : Elle ne peut être considérée de manière isolée .
Elle est étroitement liée à la qualité de l’environnement dans lequel les gens évoluent. Pour vivre en bonne santé, les humains ont besoin d’environnements sains.

Le programme Ecosystèmes et Santé Humaine : C’est une réponse novatrice aux problèmes de Santé Humaine résultant de la transformation ou d’une gestion à risque de l’environnement ou de la Santé. Le programme s’appuie sur une démarche appelée « approche éco systémique de la Santé Humaine ou » approche ECOSANTE. L’approche éco systémique de la Santé Humaine place l’être Humain au centre des préoccupations.
A travers le maintien ou l’amélioration de l’environnement la démarche Eco santé se fixe comme objectif d’améliorer,de façon durable la Santé Humaine. Ses artisans travaillent à la fois pour les gens et pour l’environnement. Un élément d’originalité de la démarche ECOSANTE réside dans la mise en place d’une approche de recherche avec des acteurs qui ne sont pas uniquement des scientifiques afin de générer un savoir qui peut s’intégrer dans la vie des gens . L’efficacité et la durabilité de ces interventions sont au cœur des préoccupations. Le défi consiste à satisfaire les besoins Humains sans altérer ni mettre en danger l’écosystème à long terme et idéalement en l’améliorant

2- Etat des lieux

Le Mali est un pays continental situé au carrefour entre le Maghreb et l’Afrique Subsaharienne. Il s’entend sur une superficie de 1.241238 km2. La population est d’environ 12.000.000 d’habitants. Le gouvernement a adopté une politique de décentralisation avec la création de 703 communes sur l’ensemble du territoire.

Le Mali est un pays pauvre très endetté qui rembourse chaque année une somme de 70 milliards de FCFA (environ 107millions de d’Euros) au titre d’une dette totale estimée à 1870 milliards de francs CFA.

Pays sahélien, le Mali est confronté à un processus de désertification et à une forte dégradation de l’environnement de ses ressources naturelles ainsi qu’à de nombreux problèmes environnementaux tant en milieu rural qu’urbain.

La situation environnementale est caractérisée entre autres par :
-  un développement anarchique de l’habitat spontané et le non respect des schémas et plan directeurs de l’urbanisme.
-  Un déficit notoire d’équipements publics en matière d’assainissement.
-  La prolifération des déchets ménagers et dépotoirs anarchiques en l’absence d’un système organisé de collecte et de traitement des ordures.
-  Les nuances causées par l’accumulation des déchets ménagers avec prolifération des moustiques, rats, souris, mouches, cafards, vecteurs, de nombreuses maladies.
-  La combustion incontrôlée et incomplète des particules, solides dioxyde de soufre, oxyde d’azote, hydrocarbures et autres gaz nuisibles à la santé.
-  La pollution artisanale et industrielle
-  La dégradation des conditions de vie des populations en zones rurales sous l’effet des quantités croissantes d’engrais et de pesticides utilisées pour les cultures.
-  L’ensablement des cours d’eau plus particulièrement le fleuve Niger.
-  La perte des terres de culture du fait de la création et de l’exploitation des mines à ciel ouvert.
-  Une pollution chimique importante due à l’accumulation continue des produits toxiques et prohibes.
-  La perte de la biodiversité
-  L’absence de contrôle de structures étatiques

Ces problèmes constituent un risque accru de maladies infectieuses : typhoïdes, diarrhées, filarioses, hépatites, respiratoires, ‘filarioses, dermatoses, asthmes, broncho-pneumopathie etc.

La conjugaison des problèmes d’hygiène et d’assainissement et d’un certain nombre d’autres phénomènes explicatifs comme les différences nutritionnelles et les insuffisances de diverses infrastructures d’assainissement se répercutent variablement sur l’état de la santé de la population.
Pour le District de Bamako, l’étude sur la pauvreté urbaine publiée en1993 par le Ministère de l’Economie des Finances et du Plan en février 1993 a cerné très clairement le lien direct entre la situation de l’assainissement et l’état de santé des populations. Cette étude a confirmé la présence massive des consultations externes liées à des maladies consécutives à un environnement malsain.

3- L’Enjeu
- Peut-on vivre en santé dans un monde malade ?
- Quelle sorte d’environnement allons nous léguer a nos enfants ?
- Comment exploiter des ressources non renouvelables sans conséquences néfastes pour la santé ?
- Quels sont les compromis réalistes entre les bénéfices à court terme et les coûts à long terme pour l’environnement et la santé ?
- Comment vivre dans les villes surpeuplées sans s’empoisonner mutuellement ?
Dans les zones cotonnières de Kita, des paysans pauvres arrachent au sol de quoi se nourrir et par fois un surplus pour vendre sur le marché. Leur mode d’exploitation conduit souvent à une dégradation poussée des sols qui peut entraîner un empoisonnement collectif par mauvaise utilisation des pesticides.

Dans les régions minières de Sadiola ou Yatela l’activité minière fournit les indispensables emplois, mais parfois au prix d’une contamination au cyanure toxique des sols et de l’alimentation des riverains et de leurs familles. De nouveaux effets désastreux liés à l’industrialisation comme on peut le craindre dans la zone industrielle de Sotuba peuvent exacerber les traditionnelles tensions environnementales de la déforestation et du surpâturage.

L’enjeu dans lequel s’inscrit l’approche écosystèmique de la santé humaine, l’approche ECOSANTE n’est rien de moins que la place de l’humain dans son environnement. Les 29 457 cas pour le paludisme, soit 3,8% de la population à cette époque, les 21 230 cas pour les maladies respiratoires (2,8%) les 11 099 cas pour les maladies diarrhéiques (1,4% ) joints à la précarité de cette situation doivent d’autant être pris aux sérieux que les individus atteints de ces maladies ne recourent pas tous à des consultations externes.

Ces chiffres inquiétants corroborent le jugement porté dans le Plan Quinquennal de Développement Economique et Social (1987-1991) soulignant que les résultats spectaculaires obtenus par lé passé dans la lutte contre les grandes endémies (paludisme, onchocercose tout récemment trypanosomiase) ont conduit à un relâchement des efforts et à une recrudescence d’affections dont le niveau de contrôle avait été jugé suffisant.

Aujourd’hui la situation sanitaire du pays reste marquée par un taux élevé de mortalité et de morbidité lié notamment à une forte prédominance des maladies consécutives à un environnement malsain. Selon l’OMS, (80-85% des affections ) sont d’origine environnementale.
Les problématiques environnementales sont rendues d’autant plus complexes qu’elles impliquent un grand nombre d’acteurs et de partenaires qui agissent souvent de manière indépendante et sans concertation.

Ce constat montre l’urgence de mettre en place des cadres de concertation aux différents niveaux, qui regroupent à la fois les populations ( ou leurs représentants, société civile, les ONG, les scientifiques, les structures de l’Etat, les Collectivités Territoriales et les différents partenaires au développement.
L’approche Eco santé reconnaît qu’il y a des liens inextricables entre les Humains et leurs environnements biophysique social et économique et que ces liens se répercutent sur la santé des individus.
L’approche éco systémique de la santé Humaine s’inscrit dans le cadre de l’écologie dès la seconde moitie du 20° Siècle
L’évolution de cette science a influencé la réflexion de médecins comme le docteur Bonet, mais aussi de nombreux spécialistes dont les environnementalistes, urbanistes, agronomes, biologistes et sociologues .

Au départ l’écologie a adopté une perspective fortement axée sur les aspects biophysiques d’un écosystème. D’ailleurs certains envisagent encore l’écologie comme un moyen de rétablir les écosystèmes dans leur état primitif. Mais confrontés à la présence de 6,3 milliards d’ici 50 ans, difficile de faire abstraction des Humains comme partie prenante des écosystèmes.
Finalement, de plus en plus, on accepte d’inclure les communautés Humaines dans leur description. Pour les artisans d’une vision globale, l’Humain et ses aspirations, son univers culturel, Social et économique sont au cœur de l’écosystème,au même titre que les paramètres biophysiques. Le vivant et le non vivant interagissent vers un équilibre dynamique qui, mieux maîtrisé devait assurer un développement durable des communautés Humaines.

4- Santé des écosystèmes = Santé des Humains.

Les découvertes en Santé et les progrès des techniques curatives ont fait certes chuter considérablement l’incidence des maladies infectieuses dans les pays industrialisés et en moindre proportion, dans les pays en voie de développement.
Cette approche biomédicale de la Santé repose, je ne vous apprends rien, sur des méthodes de diagnostic et de traitement de pathologies spécifiques : un pathogène= une maladie.

Par contre cette approche ne tient pas suffisamment compte des liens entre la maladie et les facteurs Socio-économiques comme la pauvreté et la mal nutrition et encore moins des liens entre la maladie et l’environnement dans lequel évolue le malade- Quant à l’influence des facteurs culturels sur les comportements à risque et la vulnérabilité particulière de certains groupes, le monde de la Santé ne s’en soucie encore que très peu.

Malgré quelques progrès, des facteurs environnementaux affectent encore dramatiquement la Santé de nombreuses populations- Selon encore l’O.M.S. trois millions d’enfants meurent chaque année de causes liées à l’environnement et plus d’un million d’adultes succombent à des maladies ou à des blessures résultant de leur condition de travail. Entre 80 à et 90 % des cas de diarrhée sont attribuables à des causes environnementales. Dans les pays en développement, entre 2 à 3,5 milliards de personnes utilisent des combustibles émettant des fumées et des substances nocives.

Dans les zones rurales, des pratiques inadéquates d’élevage entraînent la prolifération de maladies transmissibles par les animaux et une résistance aux antibiotiques
Ainsi les méthodes traditionnelles de contrôle ont à bien des égards échoué à améliorer les conditions sanitaires, la santé et le bien-être d’une grande partie de la population des pays du sud.

Ces échecs interpellent les scientifiques, les gouvernements, les organisations internationales et les donateurs. Il convient de réviser les programmes et les politiques et aller au-delà des pratiques conventionnelles en santé.
Déjà dans notre pays, on commence à examiner les écosystèmes par delà leurs caractéristiques biophysiques.

La politique nationale de santé actuellement en vigueur ne comporte-t-elle pas la fixation comme rendement d’ensemble (objectifs) de concrétiser la solidarité nationale notamment en faveur des groupes les plus vulnérables et promouvoir le développement des communautés avec leur propre participation ?
Elle retient également de développer une approche multidisciplinaire et multisectorielle dans la mise en œuvre de cette pratique

5- Les voies de la recherche

La réconciliation de la santé des écosystèmes avec celle de leurs habitants exige un nouveau cadre de recherche, un cadre qui accueille à la fois des scientifiques, des membres des communautés et des représentants des autorités des groupes intéressés.

Le nouveau cadre de recherche proposé s’appelle, je le répète « approche écosystème de la santé humaine » en bref ECOSANTE Auparavant, il importe de souligner, avant d’exécuter cette approche, que chaque activité ou projet ECOSANTE doit nécessairement impliquer trois groupes de participants. Il y a d’abord le groupe des spécialistes ou scientifiques. Il y a ensuite le groupe des membres de la communauté, les citoyens ordinaires, paysans, pêcheurs mineurs ou citadins. Quant au troisième groupe, celui des personnes qui ont un pouvoir décisionnel. Il comprend aussi bien les décideurs informels, ceux dont le savoir, l’expérience et la réputation leur confèrent un pouvoir dans la communauté, que les représentants des autorités ou des différents groupes d’intérêt. Chaque activité ECOSANTE se donne comme objectif d’inclure ce trio de joueurs clés.

En plus de requérir la participation de ces trois groupes, l’approche écosystème de la santé humaine s’appuie sur trois piliers méthodologiques :la transdisciplinarité, la participation et l’équité.
La transdisciplinarité propose une vision inclusive des problèmes de santé liés aux écosystèmes
Cette vision fait appel à la participation des trois groupes décris plus haut et légitime leur participation pleine et entière.

La participation instaure une concertation au sein de la communauté, à l’intérieur du cercle des scientifiques et parmi les décideurs, aussi entre tous ces groupes.
Quant à l’équité, on cherche à l’atteindre en analysant les rôles respectifs des hommes, des femmes et des divers groupes sociaux.
Hommes et Femmes ont des responsabilités différentes et leur degré d’ influence sur les décisions varie. D’où l’importance de tenir compte du genre dans l’accès aux ressources. De leur coté ,ethnies et classes sociales vivent dans des univers encore plus isolés les uns par rapport aux autres. Cet isolement a des répercussions sur l’accès aux ressources et sur la santé.

6- Les Promesses de l’Approche Ecosystémique
de la Santé Humaine.

L’approche écosystème offre aux décideurs municipaux régionaux et nationaux, aux prises avec des situations où l’environnement affecte la santé des populations, une démarche immédiatement applicable qui évolue vers la définition de solutions viables à long terme
Les décideurs ont besoin de solutions pratiques, adéquates, peu coûteux et viables .Or la recherche de telles solutions s’inscrit au cœur même de la méthodologie. Il ne s’agira plus pour les équipes ECOSANTE d’accumuler des données, elles sont constamment mues par la définition de solutions.
Dès le départ, un projet ECOSANTE amorce un processus de définition de solutions pratiques « C’est une technique pour trouver des solutions, pas uniquement pour décrire des problèmes »
Pour les responsables politiques, l’approche écosystème de la santé humaine permet, autour d’un noyau scientifique, de faire travailler ensemble des fonctionnaires de différents Ministères, et des groupes aux intérêts différents et même opposés.

Le projet ECOSANTE crée un espace négocié où des représentants des ministères, départements et disciplines disparates (agriculture, environnement, santé etc..) se trouvent dans un cadre de concertation. Guidés et animés par la recherche de solutions, ils mettent de côté leurs différends pour se concentrer sur leurs contributions respectives à la solution du problème.
Les projets démarrent habituellement par une alliance entre scientifiques et membres de la communauté. Aux autorités de comprendre que la participation de leurs fonctionnaires est requise. Elles doivent accepter que leur personnel travaille dans un nouveau cadre, marqué par la transdisciplinarité, la participation et l’équité sociale.

En pratique, l’initiative peut venir de n’importe quel partenaire. Des autorités nationales ont déjà démarré des projets comme au Mexique, au Kenya. L’approche écosystème utilisée dans le cadre du projet Mercure en Amazonie
trouve maintenant des ramifications au Canada.

Conclusion

On ne saurait jamais le répéter : avant de lancer un projet ECOSANTE assurez- vous qu’il y a un leader appuyé par son milieu institutionnel ou communautaire.
Pour ma part, je considère la FENASCOM comme un leader idéal capable de se positionner en tant que moteur efficient d’une démarche ECOSANTE. On peut aussi les trouver dans le milieu de la recherche, de l’intervention et des politiques.
En favorisant les projets ECOSANTE, les autorités qui s’associent avec succès aux démarches des scientifiques et des communautés permettent à tous de gagner.
Les résultats obtenus constituent quelques unes des réponses concrètes aux défis du développement durable.
Quelles raisons d’espérer, pour un Mali où il ferait bon vivre !

Mory Kaba DIAKITE
Président ADESCOM et Africaclean - Mali
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Forum des Peuples 2006 - Gao, Mali.
Coalitions des Alternatives Dette et Développement (CAD-Mali)

Contact : contact ATr forumdespeuples.org