Tous ensemble pour construire un monde juste et solidaire ! Contre-sommet Africain au G8 - 7ieme édition
 
Koulikoro 2008
Revue de la Presse

Impacts Sociaux Economiques des industries extractives dans le développement communal

THEME : IMPACTS SOCIAUX ECONOMIQUES DES INDUSTRIES EXTRACTIVES DANS LE DEVELOPPEMENT COMMUNAL :
Mairie de Sadiola, Morila et Tabakoto


Par Moussa TRAORE


Plan de l’exposé

Introduction :
A. Comment assurer une conscientisation sur les impacts sociaux économiques de l’or au niveau des mairies riveraines au Mali

I Classification des concepts
• Or
• Once
• Rente aurifère

II Présentation géographique des mines d’or au Mali.

III Impacts sociaux économiques des industries extractives dans le développement communal : Mairie de Sadiola, Morila et Tabakoto
1. Environnemental ;
2. Social
3. Sanitaire
IV Un secteur aurifère autarcique
1. Le secteur aurifère et emploi ;
2. Le secteur aurifère et l’économie.
V L’échec de la privatisation de l’or au Mali
1. La politique de la Banque mondiale pour attirer les investisseurs étrangers :
a. Le temps de la promotion ;
b. Le temps des désillusions ;
c. Le temps de la déresponsabilisation ;
d. Le silence de la Société Financière Internationale
2. Les efforts du Mali pour attirer les investisseurs ;
3. La faiblesse des investisseurs directs étrangers au Mali
B. Comment assurer la volonté politique ?
C. Comment assurer l’engagement des décideurs ?

Conclusion


Introduction :

Depuis 2003, le Mali est le troisième producteur d’or en Afrique. L’exploitation industrielle des mines d’or a suscité des espoirs énormes pour le développement économique du Mali : l’augmentation des ressources de l’Etat aurait dû avoir une influence positive sur les dépenses en matière d’éducation, de santé, d’infrastructures etc. en outre, l’implantation d’une industrie extractive faisait espérer des bénéfices pour les communautés locales.

Pourtant, l’or n’a pas permis au Mali de sortir de la pauvreté : le Mali se situe en 175ème rang sur l’échelle de développement humain (sur 177). Les codes miniers mis en place avec le soutien de la Banque Mondiale encouragent l’investissement étranger en offrant aux entreprises de vastes exemptions fiscales pendant cinq années privant l’Etat des ressources qu’il pourrait tirer de cette activité économique alors même que l’exploitation d’une mine dure rarement plus de 10 ou 15 ans.

« L’Etat à la fois percepteur, actionnaire minoritaire, et régulateur public, rongé par la corruption n’a pas les moyens de contrôler les acteurs privés et de s’assurer que leurs activités contribuent à la réalisation des droits de l’homme au Mali » a déclaré Isabelle Gourmelon, chargée de mission de la Fédération Internationale des Droits de l’Home (FIDH).

A. Comment assurer une conscientisation sur les impacts sociaux économiques de l’or au niveau des mairies riveraines au Mali.

I - Classification des concepts

• Or : Du latin Aurium (Au), l’or un élément chimique. C’est métal précieux qui
joue le rôle de monnaie dans les transactions financières internationales.

• Once : Unité de peser de l’or égale à 31,1 grammes et servant de base aux cotations internationales

• Rente aurifère : Versement régulier dû par obligation légale ou contractuelle de l’exploitation d’or.

II - Présentation géographique des mines d’or au Mali.

Le Mali est un pays continental. Sa superficie est 1 240 192 km2. Sa population est estimée à 11 176 829 habitants (2006). Le pays a un PNB de 380 dollars US.

Il dispose de cinq (5) sociétés aurifères qui se repartissent comme suit :

    • Kayes :

• Sadiola et Yatela (cercle de Kayes)
• Loulo et Tabakoto (cercle de Kéniéba)

    • Sikasso • Morila (cercle de Bougouni) • Syama (cercle de Kadiolo)

Ces sociétés sont mises en place et gérées par plusieurs actionnaires dont l’Etat. Les industries extractives :Qui sont –elles ? Quelle est la proportion de leur capital ?
Ainsi le capital de la SEMOS (Société d’Exploitation des Mines d’Or de Sadiola) se repartit comme suit :

    • AngloGold Ashanti(Afrique du Sud) :…………………………38 %
    • Iamgold (Canada) :…………………….……………………….38 %
    • Etat malien :…………………………………………………… 18 %
    • SFI :……………………………………………………………… 6 %.

III. Impacts sociaux économiques des industries extractives dans le
Développement communal : Mairie de Sadiola, Morila et Tabakoto

Le PIDESC définit et stipule principalement, comme partie intégrante et indissociable des droits humains, le droit à un niveau de vie suffisant (alimentation, logement, vêtements, etc.), le droit à l’éducation, le droit au travail dans des conditions justes et favorables, des droits syndicaux et de grève, le droit à la santé, un droit à la sécurité et [aux] assurances sociales et enfin le droit de participer à la vie culturelle et de bénéficier du progrès scientifique.
Le PIDESC est entré en vigueur le 3 janvier 1976 et est ratifié à ce jour par 152 Etats.
En effet, de nombreux textes onusiens soulignent la primauté des droits humains sur les accords économiques mais dans la pratique c’est le contraire..

Le cadre de l’application du PIDESC, le Mali n’a pas reconnu certains droits tels que :

    • Le droit à la sécurité en cas de maladies ou de chômage ;
    • Le droit à un niveau de vie suffisant.

Cependant il s’est engagé à respecter certains droits à travers des mesures législatives notamment :

o Niveau de vie ;
o Education ;
o Santé ;
o Emploi.

Pour attendre le premier objectif du millénaire (réduction de l’extrême pauvreté et de la faim).
Le Mali devrait dépenser 26$ de plus par personne et par an pour financer son système de santé.
Ainsi, le budget malien prévoyait en 2006 les dépenses suivantes :

    • Education : 30 %
    • Santé : 10 %
    • Secteurs Sociaux : 9 %
    • Pouvoirs publics et administration : 20 %.

Face au mirage d’une fortune facile, de nombreux problèmes sont liés à l’exploitation aurifère au niveau industriel. L’industrie extractive est par essence polluante. Il faut donc minimiser son impact sur l’environnement et sur l’homme.

1 Environnemental :
L’exploration de la plupart des mines d’or du Mali se fait à ciel ouvert. Le défrichement de plusieurs hectares entraîne la dégradation du sol, de la flore, de la faune et de la qualité de l’eau. La poussière et le bassin à boue, l’utilisation du cyanure peuvent affecter le cadre de vie.

2 Social :

a) Le secteur aurifère et emploi :

Le secteur minier est peu consommateur de main d’œuvre. Au Mali, quand le coton nourrit 3,3 millions de personnes travaillant dans 200 000 exploitations, les mines emploient officiellement 12 000 personnes soit 1 sur 10 du nombre de salarié du secteur formel

-  Sadiola :…………………….1 200 employés
-  Morila :………………………1 500 employés
-  Loulo :………………………..1 100 employés

La mine créée très peu d’emploi par rapport aux attentes. Les quelques uns qui ont des emplois ne sont pas protégés par le code du travail. C’est une zone attrayante qui occasionne un surpeuplement. Le coût de la vie devient cher, les us et les coutumes vont être détériorés. Les effets pervers seront la délinquance, la prostitution, le vol …
Dans le cadre du déplacement involontaire de la population tous les biens perdus ne sont pas compensés tels que :

Les terres : ce sont des espaces de vie ou de production ; leur perte doit être compensée en tant que telle en prenant en compte la superficie perdue en même temps que les revenus d’exploitations qu’elles rapporteraient à terme dans le cadre de l’agriculture.

Les habitations : elles concernent tout bâti c’est-à-dire tout investissement immobilier consenti par un propriétaire foncier ou toute autre personne et qui serait démoli obligatoirement dans le cadre des activités des activités du projet.

Les infrastructures communautaires : il s’agit des biens perdus par la communauté ou un individu telles que des pistes, des places publiques (arbre à palabre, espace de marché, espaces de jeux, centre de santé, écoles, mosquées/ église, bornes fontaines/ forages….)

Le revenu : ils sont considérés comme l’équivalent de la masse monétaire totalement perdue par la personne affectée et/ ou celle qu’elle perdrait pendant la période de transition que dure sa reconversion complète.

Les plantations : toutes les plantations économiquement utiles perdues sur une propriété foncière sont compensées ; cette compensation doit inclure les activités de cueillette.

Les moyens de productions : tout ce qui rapporte aux revenus ou aux activités de subsistance d’une personne comme les hangars de vente, les aires de ventes, les buvettes , les ateliers de menuiserie, de soudure, de couture, les terrasses avancées….

3 Sanitaire :
Dans le cadre de la santé les risques de la santé sont : les avortements, les malformations congénitales, les stérilités primaires et secondaires et les maladies pulmonaires.

4. Economique :

a) Le secteur aurifère et l’économie malienne.

L’or est un produit primaire à faible valeur ajoutée.
Le secteur minier est déconnecté de l’économie qu’il n’irrigue que très peu. En clair, le Mali ne profite pas de la ruée vers l’or.

Comparaison n’est pas forcement raisons mais permet de mieux comprendre certaines situations. Ainsi le rapport d’enquête de la FIDH annonce que 690 milliards de francs CFA est la contribution des industries extractives de 1997 à 2005 soit 76 milliards par an et représente 30% de la valeur d’exportation d’or. C’est aussi la valeur de l’or de la seule mine de Sadiola de 1997 à 2002 soit 614,8 milliards.

Comment ce montant est repartit ?

Pourcentage de la rente minièreMontant (en milliards)Rubrique de dépenses
49,4%341,76Etat malien
42,6%294,1Fournisseurs, matériel de bureau, carburant et lubrifiant…..
6,5%45Salarié
1,3%9,2Populations locales exposées et du cyanure
100690Total

A en croire les chiffres ci haut - car il y a une différence notoire entre les données et les chiffres officiels- visiblement on se pose la question suivante l’or malien profite à qui ? Aux multinationales.
On ne saura mieux dire plus que le rapport d’enquête de la FIDH « le Mali a offert aux investisseurs internationaux un environnement propice à leur enrichissement, mais qui ne garantit, ni l’amélioration, à long terme, des conditions de vie des populations ».

Actuellement les conditions sont telles que l’Etat malien ne peut pas contrôler les activités minières pour plusieurs raisons : insuffisance de personnels qualifiés des mines, de moyen et de matériels. Pour ne pas laisser croire qu’il est complice, l’Etat doit contrôler ces activités minières pour obliger les sociétés minières à respecter les clauses du contrat notamment en matière du droit de l’homme et de la protection de l’environnement.
Pour prouver qu’ils ont les moyens et que les multinationales s’enrichissement nous allons donner un seul exemple :
Pour l’extraction d’un tonne d’or au Mali le coût opérationnel s’élève à 95 dollars l’once qui se reparti comme suit :

Extraction …………………….. 1,7 dollars
Traitement …………………… 7,28 dollars
Coût administratif …………… 3,75 dollars
Taxes et redevances ………..23,8 dollars

Ce qui fait dire le rapport de la FIDH que « le Mali, a offert aux investisseur internationaux un environnement propice à leur enrichissement avec les coûts d’exploitation parmi les plus bas du monde ». Au même moment nous constatons actuellement que le cours de l’or est toujours en hausse depuis quelques années mais malheureusement les coûts de production sont maintenus à un faible niveau, ce qui fait que le bénéfice réalisé par les multinationales sur le métal jaune malien va crescendo. Pour preuve voila le bénéfice réalisé sur les dernières années :

AnnéeBénéfice sur l’once d’or
2003108
2004230
2005245
2006260

Aussi entre 1998 et 2000, le cours de l’or a inexorable baissé et toutes les grandes mines du mondes ont fermés temporairement à l’exception de celle de Sadiola. On se pose la question et pourquoi cette situation ? Et avec cette démonstration, à la question de savoir à qui profite l’or malien ? On peut clairement répondre que ces les multinationales.
Il faut faire en sorte que l’or du Mali profite aux maliens. Dans l’émission « questions d’actualités » du spécial 8 juin 2008, le ministre des mines, de l’énergie et de l’eau affirme que « l’ambition du gouvernement est de faire en sorte que les mines contribuent avantages au développement de notre pays et à la réduction de la pauvreté. Cela ne sera possible que si et seulement si la société civile se mobilise pour se constituer en groupe de pression pour amener les décideurs dans cette logique.

Dans la même émission de « Questions d’actualités » cité, un responsable de Randgold M. Samaké dit que « l’or constitue aujourd’hui le premier produit d’exportation ».
Qu’est ce que cela veut dire ? Sachant que la durée de vie des mines varie entre 10 et 15 ans, c’est dire que dans quelques années on finira d’exploiter tout l’or du sous sol malien surtout que les réserves restantes sont estimés à 600 tonnes. En ce moment si l’on se réfère à Mr Abdoulaye Pona de l’union des opérateurs miniers que « la mine est un secteur qui a l’avenir ». On se pose la question : l’avenir est-il ce qui vient ou ce qui est déjà passé ?
Il est temps que nous faisons des études dans tous les domaines avant de se prononcer ou de commencer certaines activités importantes.
Certes la Banque mondiale a tordue la main de l’Etat pour réviser le code minier, nous devrons comprendre que une banque n’est rien d’autre qu’un commerçant d’argent. Avant d’accepter les propositions, l’Etat aussi doit faire des calculs stratégiques et surtout à long terme. Sinon pourquoi deux codes miniers sont en vigueur en République du Mali ? Cela sous entend qu’il y a deux poids deux mesures. Ce passage sur le code minier est tellement important qu’il mérite qu’on s’y attarde un peu. Toujours selon le ministre Ahmed Sow « La relecture du code minier pour la réadapter aux réalités actuelles est devenu un passage obligatoire ».
Le code minier a fait l’objet de deux relectures en si peu de temps et malgré tout il est caduc.
Est à dire que nous ne disposons pas de personnes ressources compétentes capables de prévoir des textes et loi adéquats pour réglementer ce secteur à notre profit.
Si tel est le cas même les 33% affirmé par le ministre des mines et qui servira de base de négociation a –t- il fait l’objet d’étude au préalable ?
Je m’en vais vous raconter deux cas de mauvaises négociations au niveau des mines au Mali.

A Sadiola : au début de la mine la population et même certaines autorités locales ou régionale pensait que la mine allait bitumer le tronçon Kayes –Sadiola long de 80 kilomètres. Tandis que ce qui est prévu le contrat, il est dit ceci « Il serai possible de faire des aménagement sur le tronçon routier Kayes- Sadiola ».
A Loulo et Tabakoto : comme on sait que les industries ont un grand besoin d’énergie, les responsables de Loulo on en son temps de leur études demander aux autorités maliennes d’amener l’énergie de Manantali à Loulo ou que la mine le ferai en ce moment elle ne paiera pas la facture de consommation. Les deux propositions ont été rejetées. Au moment de la négociation les responsables de Loulo connaissaient le coût opérationnel des deux propositions à l’opposé de la partie malienne qui n’avait aucune idée sur la question. Cette dernière ignorait même la perspective de la création de la mine de Tabakoto dont toutes les études préalables étaient bouclées.
A Tabakoto, la population a été déplacée mais nous notons l’absence de politique de déplacement malgré qu’on a enregistré plusieurs cas de déplacement comme à Bafing ( Bafoulabé) ; dans l’Office du Niger ( Zanfina et Komola) ;à Sadiola ( Kayes) ; à Morila ( Bougouni) ; à Tabakoto ( Kéniéba).

B. Comment assurer la volonté politique ?

C’est la volonté politique qui détermine tout au niveau d’un pays mais cette déclaration de politique doit être soutenu par des études préalables qui permettront de mieux négocier sinon nous serons les grands perdants.
Si « l’or ne peut pas développer le Mali », il y a une alternative pour le comprendre. Soit que en estimant que le développement est global nous devrions profiter de l’or pour poser les jalons. Par exemple un goudron à Sadiola désenclaverait tout le cercle de Kéniéba.

En associant les mines de Loulo et de Tabakoto avec l’apport de l’Etat il était possible d’électrifier le cercle de Kéniéba.
Par ailleurs si on estime que le seul or ne suffit pas comme ressources minières, la diversification avec le pétrole, la bauxite, le manganèse, le fer et le pétrole ; promis par les indices de recherches, les surprises désagréables seront possibles tout comme avec l’or.
Pour ne pas laisser croire qu’il est complice, l’Etat doit contrôler ces activités minières pour obliger les sociétés minières à respecter les clauses du contrat notamment en matière du droit de l’homme et de la protection de l’environnement.
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Car le secteur aurifère autarcique : il a crée très peu d’emploi et contribue très peu à l’économie malienne.

Les raisons de l’autarcie sectoriel de l’or sont de deux ordres :

En neuf ans, entre 1997, date de l’ouverture de Sadiola, et 2005, quand la commission de l’énergie, des industries et des mines de l’Assemblée Nationale malienne rend son rapport, les quatre mines d’or industrielles du pays ont injecté dans l’économie malienne : 690,72 milliards de francs CFA, soit 76,75 milliards en moyenne par an. De ce gâteau, l’Etat touche via le trésor public 49,4%(341,7 milliards). Puis viennent les fournisseurs (294,4 milliards, 42,6% rémunérés pour fournir de l’électricité, le matériel de bureau, le carburant et les lubrifiants…. Aux salariés, 45,3 milliards ont été versées pendant ces neuf ans, soit 6,5% de la rente minière. Enfin, premier concernés, les derniers servis, les communautés locales n’ont bénéficié que de 9,2 milliards soit 1, 3%. Sans surprise, Sadiola est par ancienneté la première contributrice à la rente aurifère malienne (3303, milliards soit 47,7%). Mais, elle est talonnée par Morila ouverte trois ans plus tard et qui déjà a injecté dans l’économie malienne276, 3 milliards, soit 40% du total. Enfin Yatela (67 milliards générés depuis 2000 soit 10%) et Kalana, qui a rapporté après un d’exploitation 3,74 milliards (0, 5%) complètent les ressources minières.
690, 72 milliards de francs CFA, c’est 30% de la valeur des exploitations maliennes d’or entre 1997 et 2005, c’est aussi l’équivalent des dépenses du gouvernement malien dans la santé et l’éducation pour deux ans. Et c’est la valeur de l’or de la seule mine de Sadiola commercialisé entre 1997 et 2002 (614,8 milliards de francs CFA). Les données publiées par les compagnies minières diffèrent largement des chiffres officiels. Ainsi, le tableau ci-dessous, communiqué par le directeur de Morila SA Richard Lesueur, divise les estimations de la commission des mines par deux. Cela pose un problème de fiabilité des données sur les mines d’or.

Morila Contribution à l’économie malienne entre 2001 et Avril 2006 En milliards de francs CFA Pourcentage
Dividendes54,7839,4
CPS et TVA48,7835,1
Salaires et Taxes21,5715,5
Autres taxes7,915,7
Impôts sur les sociétés3,492,5
Patente1,270,9
Développement communautaire0,810,6
Droits de douane0,330,2
TOTAL 138,95100

Source : document de Morila SA

L’enclavement avec 7 000km de frontière aggravé par le délabrement des infrastructures routières, la sous industrialisation font que le secteur secondaire est marginal. Le secteur minier exige des « technologies à forte intensité capitalistique ». Quand les investisseurs s’enrichissent, les maliens non !
La hausse des prix internationaux de l’or stimulerait les recettes fiscales et accélérait les capacités d’exploration et l’exploitation du secteur minier mais les effets économiques directs sur la main d’œuvre et les intrants seraient relativement modestes. L’or n’a ainsi aucun effet d’entraînement direct sur l’industrie malienne. L’immense majorité de l’or extrait au Mali est exporté vers l’Afrique du Sud (plus de 150 milliards de francs CFA soit 59,2% de la totalité des exploitations d’or) et la Suisse (40,8%). L’or malien est raffiné à l’étranger, malgré une recommandation de l’Assemblée Nationale au Gouvernement de la création d’une véritable filière aurifère au Mali et la mise en place d’un audit sur la production d’or.
La faiblesse de l’économie malienne se traduit par l’importation de la majorité des produits consommés. Par exemple, l’urbanisation galopante dope le secteur du BTP (Bâtiment et Travaux Publics) qui consomme un millier de tonnes de ciments par an, entièrement importé. Si le calcaire existe au Mali, il n’existe pas en revanche aucune cimenterie.

V L’échec de la privatisation de l’or au Mali

La politique de la Banque mondiale pour attirer les investisseurs étrangers :

a. Le temps de la promotion :

Depuis le début des années 1980, le Mali surendetté, est contraint à un programme de reformes structurelles par les bailleurs de fonds internationaux.
La conclusion des bailleurs de fonds est que : les Etats Africains sont inadaptés à cette industrie minière trop consommatrice de capitaux et très risquée parce que volatile. Ils sont trop pauvres pour assurer les lourds investissements, trop jeunes pour disposer des capacités techniques et de compétence de gestion.
La Banque Mondiale a aidé les pays miniers à rendre plus attractif aux yeux des investisseurs afin de mieux exporter les ressources pour améliorer leur croissance.
En 1995, 35 pays ont reformé leurs cadres miniers. Et depuis 1991, le Mali a révisé le sien.
Ainsi avec les cours internationaux de l’or, les compagnies internationales font leur marché et les Etats doivent s’adapter.

b. Le temps des désillusions :

La révision du code minier et l’afflux des investisseurs étrangers dans le secteur de l’or, l’Etat et la population malienne avaient nourrit assez d’espoir. Malheureusement l’espoir s’est traduit en désillusion car l’or n’a pas permis de combler les attentes. Tous les secteurs de la vie économique et sociale souffrent encore d’insuffisance de financement. Aucun de ces secteurs de l’économie et du social n’a connu un bond qualitatif. La majorité des populations vivent en dessous de la moyenne. Pire, la compétition des Etats pour attirer les investisseurs mondiaux conduirait à la une « malédiction des gagnants dans une spirale qui les entraînent vers le bas.

c. Le temps de la déresponsabilisation :

En Septembre2004, le groupe de la Banque Monde présente une revue sur les industries extractives (IE) (pétrole, gaz, et production minière).
Désormais la Banque Mondiale met en tête de ses objectifs officiels de veiller à ce que les bénéfices des industries parviennent bien aux pauvres. « Nous soutenons fortement le principe selon lequel les communautés devraient bénéficier des projets qui les affectent ». Pire les pressions exercées sur les compagnies minières pour qu’elles fournissent des services publics supplémentaires notamment à travers les ONG, pourraient s’accroître. Ce qui destitue l’Etat de son rôle au profit des entreprises.
Exemple :
-  le cas de la SEMOS à Sadiola et Yatela (PADI)
-  le cas de SOMILO à Loulo
-  le cas de TAMICO à Tabakoto.

d. Le silence de la Société Financière Internationale :

La Banque Mondiale a investi 108 millions de dollars dont 102millions via sa filiale SFI pour un nouveau code, de nouvelles institutions de promotion du secteur minier et des informations géologiques plus détaillées.
La SFI actionnaire minoritaire est presque absente au Mali sur les débats de la gouvernance des ressources minières. Tandis que c’est la SFI et la MIGA qui doivent évaluer les faits en matière de respect des droits de l’homme pour garantir les projets financés. Elles doivent examiner les entreprises candidates à l’emprunt par rapport aux notions de gouvernance et de gestion des questions environnementales et sociales.

2 Les efforts du Mali pour attirer les investisseurs :

Paradoxalement, le Mali est parmi les plus pauvres et enregistre en terme de croissance un des meilleures performances de la sous région : + 5,6% en moyenne contre 3,2 % en Afrique subsaharienne.
Il est l’un des pays africains à atteindre le point d’achèvement de l’initiative (PPTE). Il est bon débiteur depuis 3 ans. Le FMI achève sa quatrième revue de l’accord depuis 3 ans. C’est pourquoi la Banque Mondiale considère le Mali comme le mieux disant en Afrique subsaharienne pour la protection des investissements.
Première révision du code minier 1991. En Août 2005 le gouvernement édicte un nouveau code très attractif.
Par exemple, l’achat d’une entreprise publique dans le cadre de sa privatisation donne à son acquéreur 30 ans d’exonération de tous les droits et taxes liés à l’activité.
Il faut noter que le nouveau code minier plafonne la participation de l’Etat à 20% !
Et c’est les plus grosses sociétés minières du monde Anglogold, Randgold et Iamgold qui sont présentes au Mali. Ces sociétés sont spécialisées en recherche, exploitation et commercialisation d’or. Leur arrivée a hissé le Mali au rang de 3e producteur d’or en Afrique. Malheureusement le Mali récolte quoi ? La poussière, le désespoir,…Ces multinationales épaulées par la banque mondiale décident de tout ce qui concerne l’or au Mali.
Que gagnent les industries extractives d’or au Mali ? Par exemple Anglogold a tiré de l’or malien en 2003 : 72 millions de dollars contre 8 millions qu’il avait investi ;
En 2004 la même société a eu 17 millions de dollars ;
En 2005, elle a bénéficié de 70 millions de dollars soit 35 milliards de Fcfa.
Alors le bénéfice réalisé par cette société crève-t-il l’œil ou le tympan ?

3 La faiblesse des investisseurs directs étrangers au Mali

Le Mali présente un risque « assez élevé » au même titre que la Côte d’Ivoire, le Cameroun. Le Mali en dépit de sa croissance de l’or entraîne une amélioration de sa balance commerciale. De sur croix, il reste importateur d’or.
Eric Paget- Blanc responsable de la notation des acteurs supranationaux doutait de la croissance malienne et pariait sur une reprise de l’endettement en 2008.
C’est toute l’économie malienne qui subit l’ostracisme des investisseurs étrangers. Cela est corroboré par le Président Amadou Toumani Touré dans son discours inaugural devant le nouveau bâtiment de la Direction Nationale des Géologies et des Mines (DNGM). Il regrette qu’aucune compagnie minière n’ait jugé utile d’acheter des locaux pour leur siège malien. Elles sont toutes en location. Les investissements directs étrangers au Mali sont erratiques aux besoins de l’économie malienne.
En 2004, 15% du total mondial des investissements étrangers étaient consacrés au secteur minier. Les bénéficiaires étaient classés comme suit :

1er Afrique du sud avec 48% ;
2e Ghana avec 7% ;
3e Mauritanie ;
4e Congo ;
5e Cote d’Ivoire.

Le Mali n’était même pas classé dans les cinq premiers, cependant selon les autorités maliennes les IDE ont bondi de 139,2% en 2002.

Combien coûte l’or au Mali ?

Les investissements dans les mines se présentent comme suit :
Sadiola : 280 millions de dollars ;
Yatela : 73 millions de dollars ;
Syama : 120 millions de dollars ;
Loulo : 9,9 million d’once plus 103 millions de dollars pour l’extension souterraine.

Cela parce que l’or malien est le moins cher d’Afrique ! Extrait à ciel ouvert avec des salaire dérisoires sont très compétitif avec un prix de revient de 100 dollars once. Le cash cost de l’or au Mali s’élèvent à 220 dollars l’once en 2005 ; c’est 80 dollars de moins que la Tanzanie ou la Guinée ; c’est 100 dollars de moins qu’en Namibie et 110 dollars de moins que le Ghana. Chez le géant Afrique du sud le coût de production l’once d’or coûte entre 315 et 430 dollars. Les salaires représentent la moitié des coûts de production.

C. COMMENT ASSURER L’ENGAGEMENT DES DECIDEURS ?

Qui sauvera l’or malien ?

Les investisseurs locaux ont plutôt dormants. Ils n’arrivent pas à valoriser le secteur minier car leurs capacités d’investissement restent très faibles.
En effet pour étudier la géologie du terrain il faut investir un minimum de 4 millions de francs CFA. Actuellement il y a deux investisseurs maliens : Aliou Boubacar Diallo et Oumar Diallo dit « Birus ».
Le pari est risqué car sur les 117 compagnies minières qui exploitent le sous-sol africain :

34 sont australiens ;
53 sont canadiennes ;
12 européennes ;
3 américaines
Et 12 africaines.

Il faut noter que le Mali à travers l’Union Nationale des Opérateurs Miniers UNOMin, a mis à la disposition d’une société d’exploration anglaise leurs permis. Ces recherches concernent la bauxite, le manganèse et les phosphates.

Conclusion

Troisième réserve d’or après l’Afrique du Sud et le Ghana, le Mali tente de maîtriser le spectaculaire de ses exploitations aurifères, tout en menant depuis les années 90 une politique de privatisation forcée voulue par la Banque Mondiale. Une restructuration devait amener des investissements étrangers, améliorer le rendement des usines de traitement et relever le niveau de vie des populations, parmi les plus pauvres du monde. De fait elle profite largement aux multinationales sud- africaines, américaines, canadiennes ou suisses : elles décrochent d’importantes concessions ; ont recours à des méthodes de travail parfois digne du régime de l’apartheid et s’enrichissent sans réglementation transparente, dénonce plusieurs ONG locales.

 


Forum des Peuples 2008 - Koulikoro, Mali.
Coalitions des Alternatives Dette et Développement (CAD-Mali)

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