Tous ensemble pour construire un monde juste et solidaire ! Contre-sommet Africain au G8 - 7ieme édition
 
Koulikoro 2008
Revue de la Presse

Les femmes échangent leurs expériences

Des débats riches et animés ont marqué la deuxième journée du Forum des peuples. Les ateliers ont enregistré des participations record. Les femmes se sont retrouvées autour du thème de la micro finance : modèle de valorisation ou de dépréciation du pouvoir économique des femmes ?

Deux conférencières ont animé l’atelier : Emilie Atchaka du Cercle d’autopromotion pour le Développement durable (CADD) du Bénin et Mme N’Diaye Yacine Touré de la Fédération Régionale des Groupements de Promotion Féminine du Sénégal (F. R. G. P.F.S). Les modératrices du débat étaient July Yaméogo du Burkina Faso et Mme Traoré Aby Tall du Sénégal

Les deux conférencières ont fait l’historique de l’irruption des institutions de micro finance dans le financement du développement de nos pays. L’économie moderne avec son corollaire de monétarisation a entraîné des besoins de financement au niveau de tous les acteurs économiques aussi bien du secteur formel qu’informel. Si au niveau du secteur formel un système de financement classique est mis en place avec les banques et les établissements financiers, au niveau du secteur informel, la plus grande majorité des populations pauvres et vulnérables n’a pas un accès facile à un financement adapté et à des conditions non usuraires.
Emilie Atchaka a rappelé que depuis trois décennies, plusieurs organisations internationales ont fait de la micro finance l’instrument privilégié de lutte contre la pauvreté. En procédant à une évaluation de cette politique, la conférencière en tire un bilan mitigé avec cependant quelques satisfactions comme celles du CADD Bénin.

Au niveau de son organisation, la micro finance n’est pas la solution ultime à toutes les catégories de pauvres. Deux catégories de pauvres sont ciblées dans les projets et programmes de micro finance : Celles et ceux qui ont un savoir et un savoir faire et ont besoin de ressources pour acquérir des moyens de production pour l’auto emploi, et celles des demandeurs d’emploi qualifiés qui pourront se faire recruter et avoir un revenu dans les micro et petites entreprises que la micro finance aurait permis de créer. La catégorie de pauvres que sont les vieillards, les malades, les impotents est exclue dans le système d’accès au crédit et doivent être prise en charge par les services sociaux de l’Etat.

Plusieurs types de micro finance existent, mais dans leur forme juridique, ils soulèvent des polémiques : Il y’a les coopératives ou mutuelles d’épargne et crédit dont les sociétaires sont les clients ; les associations qui sont des structures crées par des personnes de bonne volonté pour venir en aide aux plus pauvres ; les société de capitaux crées sous forme de sociétés anonymes( SA) ou de société à responsabilité illimitée ( SARL) ; les ONG qui développent parallèlement à leurs activités principales, un volet de micro crédit pour accélérer l’atteinte de leurs objectifs.

Emilie a souligné que plusieurs Institutions de micro finance sont malheureusement crées pour servir des capitaux privés. Or, une telle vocation ne peut pas être compatible avec les intérêts des plus pauvres. De même, elle a déploré les conditions d’accès au crédit imposées aux clients dans de nombreuses institutions de crédit qui ne sont pas souvent loin des conditionnalités au niveau des banques classiques avec des taux d’intérêt et des garanties trop contraignants. Une situation, qui a amené la conférencière à dire qu’en l’absence d’une véritable politique d’accompagnement des pauvres, des crédits ne sont pas payés à terme échu et les débiteurs sont soumis à des traitements humiliants et dégradants.

Sur l’expérience concrète du CADD, le système de micro finance est constitué exclusivement de coopératives dont les sociétaires sont uniquement les femmes de condition modeste. Les administratrices sont élues par les femmes. Le personnel de gestion est constitué de femmes formées par l’équipe technique du Programme. Les décisions sont prises de manière démocratique et transparente. Les orientations et les grandes décisions sont prises par les femmes en assemblée Générale. Les résultats excédentaires sont affectés à l’augmentation du capital social. Le CADD a bénéficié d’une subvention de 13 millions de Fcfa en 1996 de l’ONG canadienne « Développement et Paix ». en 2007, le réseau a accordé 127 millions de Fcfa à plus d’un millier de femmes membres. Un vaste programme de formation en gestion est en cours pour leur permettre de renforcer leur capacité de gestion. En mai 2007, une autoévaluation a permis de mesurer des améliorations sensibles au niveau des femmes membres du CADD sur le plan politique, économique et social. Une situation qui fait dire à Emilie qu’une micro finance bien menée et aux mains des femmes peut bel et
bien valoriser leur pouvoir économique et améliorer leur statut dans la société. D’où un appel à tous les artisans de la justice économique et sociale à aider le CADD, à enraciner d’avantage son modèle de micro finance et à le partager avec beaucoup d’autres organisations au Bénin et dans la sous région.

Mme N’Diaye Yacine Touré dans une approche pédagogique participative a dressé la situation du Sénégal où plusieurs mutations se sont produites au niveau des mutuelles dans la gestion quotidienne des femmes. Après avoir souligné l’importance de la micro finance, elle a décrit également le processus par lequel se structure sa gestion et l’exigence de formation des membres.
Les discussions qui ont suivi les exposés ont établi que pour échapper aux taux d’intérêts usuraires imposés par plusieurs institutions de la micro finance, les femmes doivent créer elles-mêmes des réseaux de mutuelles

Le Comité éditorial

 


Forum des Peuples 2008 - Koulikoro, Mali.
Coalitions des Alternatives Dette et Développement (CAD-Mali)

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