Tous ensemble pour construire un monde juste et solidaire ! Contre-sommet Africain au G8 - 7ieme édition
 
Koulikoro 2008
Revue de la Presse

Le réquisitoire des travailleurs

Depuis plus d’une année, Koulikoro la ville portuaire du Mali se meurt à petit feu suite au démantèlement progressif de ses unités industrielles qui faisaient sa fierté d’antan. Le cas le plus dramatique est celui de l’HUICOMA.

Le Collectif des Travailleurs licenciées de cette unité industrielle a battu le rappel de ses membres pour participer au Forum des peuples. Leur porte-parole Ibrahima Diarra a dressé un état des lieux accablant pour les autorités concernant sa privatisation. Plusieurs tentatives avaient échoué entre 2002 et 2003 d’abord avec une société de droit français désignée comme adjudicataire provisoire. Ce choix n’ayant pas intégré le volet social exigé par les travailleurs tourna court et les négociations avec SOMDDIA en vue de conclure le protocole de cession échouèrent.

Ensuite, le même processus permit en 2003 de désigner SMOFAMAB comme deuxième adjudicataire provisoire en remplacement de SOMDDIA. Les négociations échouèrent de nouveau faute d’un accord avec les travailleurs concernant le plan social.

Le 2 juin 2005, le Gouvernement du Mali au terme d’un accord conclu avec le Groupe Tomota s’est désengagé de la société en tant qu´actionnaire majoritaire et lui a cédé 84,13% des actions tout en gardant 12% du Capital pendant une durée minimum de 5 ans à compter de la date de transfert des actions. L’accord scellé renferme des engagements entre le repreneur et l’Etat concernant le maintien du personnel permanent et le maintien de l’Etat dans le capital de la société.

Sur le maintien du personnel, Ibrahima Diarra rappelle que l’article 8 du protocole a dit clairement que le personnel contractuel de Huicoma présent dans l’effectif à la date de transfert sera maintenu avec l’ensemble de ses droits et ancienneté y attachés, et en particulier, ceux prévus par l’Accord d’Etablissement, que l’obligation de maintien du personnel à la date de transfert ne fait pas obstacle à la faculté qui est expressément reconnue à l’acquéreur de procéder, après la date de transfert, aux réorganisations qu’il jugera nécessaires, et ce conformément aux dispositions du code du travail malien et d’autres engagements contractuels pris par l’acquéreur.

Cette disposition précise également que les salariés qui ont atteint la limite d’âge à la date de transfert doivent jouir des droits attachés à cette situation par leur mise effective à la retraite et que l’acquéreur doit mettre en place dans un délais de 60 jours à compter de la date de transfert un plan social négocié avec les travailleurs et acceptable pour le cédant.

Ce plan social sera pris en charge par Huicoma. Une obligation qui reste valable pendant une période de 18 mois après la date de transfert des actions.

Concernant le maintien de l’Etat dans le capital, il vise à garantir le respect par l’acquéreur de ses obligations en matière de réalisation des investissements et la sécurisation du personnel de la société. Malgré toutes ces dispositions, le Collectif des travailleurs licenciés dresse un constat amer : Aucun plan social en faveur des travailleurs n’a été mis en place jusqu’à ce jour ; l’engagement de l’acquéreur de maintenir la totalité du personnel n’est pas respecté, celui de poursuivre la réalisation de l’objet social de l’Huicoma à savoir le maintien des trois usines installés sur les trois sites industriels pendant une durée minimum de cinq ans à compter de la date de transfert n’est pas respecté.

Le repreneur Tomota a licencié 400 travailleurs depuis le 05 octobre 2007 pour motif économique après les avoir mis en chômage technique de trois mois en juin et juillet 2007 pour non disponibilité de la graine de coton. Les usines de Kita, Koutiala et Koulikoro sont toutes fermées ! Afin de stopper le chaos qui commençait à se dessiner, les syndicats de l’Huicoma se sont mis en ordre de bataille, ont alerté les plus hautes autorités. Malheureusement ils ont l’impression de prêcher dans le désert. L’arrêt de l’Usine a des conséquences économiques et sociales particulièrement dramatiques pour les travailleurs et les populations de Koulikoro et du Mali.

Aucun produit de la société n’est sur le marché (huile, savon, aliment bétail et crème Karitéa), les villes industrielles de Koutiala, Koulikoro et Kita sont devenues des villes mortes.

A l’adresse du Forum, le porte-parole des travailleurs licenciés de l’Huicoma propose une plate-forme revendicative à soumettre aux autorités à savoir :

- La révision de l’ensemble des textes sur les privatisations et le code du travail en y prévoyant des dispositions spécifiques et expresses relatives au plan social ;

- La formation des cadres pour la mise en œuvre des privatisations pour mieux préserver les intérêts de toutes les parties et en particulier ceux des travailleurs ;

- Faire le point des privatisations déjà exécutées et réaliser leur audit par les cabinets indépendants ;

- Mettre les travailleurs licenciés de Huicoma dans leurs droits (plan social conséquent ainsi que tous les droits acquis à la date du licenciement ;

- La relance de la société Huicoma dans le cadre d’une délégation de gestion.

Le Comité éditorial

 


Forum des Peuples 2008 - Koulikoro, Mali.
Coalitions des Alternatives Dette et Développement (CAD-Mali)

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