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Problématique de l’ Éducation en milieu nomade

Par Oumar TRAORE
Professeur Principal d’Enseignement
Secondaire Général de Lettres Modernes
_Chargé de Communication Académie d’Enseignement de Mopti


La présente communication dont le thème est : « Problématique de l’ Education en milieu nomade » s’inscrit dans le cadre du premier domaine de concentration du Programme Décennal de l’ Education et de la Culture (PRODEC), à savoir l’accès, les deux autres domaines étant la qualité et la décentralisation/déconcentration. La mise en œuvre du PRODEC, comme nous le savons, répond à l’objectif de la scolarisation universelle d’ici 2012.

En effet, il s’agit de l’accès des populations nomades et semi-nomades à l’éducation, au système éducatif classique, l’école de Jules FERRY, dans la cinquième région du Mali, Mopti. L’accès des populations nomades et semi-nomades défavorisées (peul, bozo et tamasheq) pose le sérieux problème de l’adaptabilité de l’école classique au mode de vie spécifique des transhumants. A telle enseigne que l’on peut parfois se demander si cela relève de l’impossibilité ou de la méprise des autorités et des acteurs de l’éducation à scolariser des milliers d’enfants issus de ces populations qui n’ont pas la chance d’aller à l’école.
La présente note s’articule autour de six points :
Brève présentation de la région de Mopti ;
L’enseignement dans la région : atouts et contraintes ;
Les grands obstacles à l’enseignement dans la région ;
Les constats ;
La stratégie globale de mise en œuvre d’une politique éducative adaptée aux besoins des populations nomades et semi-nomades ;
Une expérience salvatrice à encourager.

1.Brève présentation de Mopti

Mopti est la 5ème région économique du Mali. Elle est située à 640 km au nord-est de Bamako. Sa population est estimée à 1. 816. 090 habitants sur une superficie de 79. 019 km2. Les principales activités sont : l’élevage, l’agriculture, la pêche, le tourisme et l’artisanat. Première destination touristique du Mali et première région d’élevage du Mali et de pêche continentale de l’Afrique Occidentale, il n’en demeure pas moins que Mopti fait partie des dernières régions du Mali en matière de scolarisation. Une partie importante de la population (nomade et semi-nomade) écartée du système éducatif : en 1998, 01 enfant sur 20 fréquentait l’école dans le Delta. Ce qui pose l’épineux problème de la qualité des ressources humaines.

Mopti : un paradoxe !

2.L’enseignement dans la région : atouts et contraintes

2.1. Les atouts

La région de Mopti est en phase avec la politique éducative prônée par l’Etat dont les grandes lignes sont tracées dans le PRODEC. Cela se traduit au niveau local, pour ce qui est de la décentralisation et la déconcentration, par l’existence de deux Académies d’Enseignement : l’Académie d’Enseignement de Mopti qui regroupe 05 Centres d’Animation Pédagogique (CAP de Mopti, Sévaré, Djenné, Ténenkou et Youwarou) et l’Académie d’Enseignement de Douentza qui compte 04 CAP (CAP de Bandiagara, de Douentza, de Bankass et Koro).
Ce cadre institutionnel, qui définit les missions de toutes les parties prenantes, favorise également la mobilisation sociale autour de l’école où nous assistons à l’implication des populations à travers les Associations des Parents d’Elèves (APE), les Comités de Gestion Scolaire (CGS), les Associations de Mères d’Elèves (AME), avec l’appui des partenaires techniques et financiers. Les médersas, les écoles privées et les Centres pour l’Education et le Développement (CED) sont intégrés au processus.

2.2. Les contraintes

Nous pouvons citer :
Le faible taux de scolarisation ;
L’insuffisance des infrastructures scolaires et en personnel enseignant en quantité et en qualité ;
L’insuffisance de manuels pédagogiques en quantité et en qualité ;
L’hostilité des zones rurales à la scolarisation surtout des filles.

3.Les grands obstacles à l’enseignement dans la région

Il faut noter :
Les obstacles naturels : difficulté d’accès des zones inondées qui restent enclavées une bonne partie de l’année.
Le mode de vie des populations ;
L’impact de la Dina ou guerre des religions ;
Le conflit de leadership ;
Les contraintes socioprofessionnelles ;
La mobilité des populations deltaïques qui est fonction du cycle saisonnier de l’eau et de l’herbe, de la gestion alternée du foncier, du climat sahélien qui impose un mode de vie extensif et itinérant.

4.Les constats

Les constats en ce qui concerne les populations nomades et semi-nomades ne sont pas réjouissants :
L’importance numérique des populations migrantes de la région et leur apport pour l’économie du pays, et pourtant elles sont marginalisées ;
Le faible taux de scolarisation signalé plus haut ;
La pauvreté et la précarité croissantes ;
L’insécurité sociale (multiplication des conflits autour de la gestion de l’espace et des ressources naturelles) ;
Les écoles implantées dans les villages ne répondent qu’aux besoins des communautés sédentaires.

5.La stratégie globale de mise en œuvre d’une politique éducative adaptée aux besoins des populations nomades et semi-nomades

Pour pallier ces handicaps qui pèsent lourdement sur les groupes peuls, bozos, touaregs, il faut mettre en œuvre une stratégie axée sur les points ci-dessous :
Faire un recrutement des enfants de 06 à 10 ans axé sur les « Eggirdi », c’est-à-dire les itinéraires de déplacement ;
dispenser les cours dans des classes amovibles ;
concevoir des mobiliers et calendrier scolaires adaptés au mode de vie des populations ;
donner une éducation tournée vers la culture du milieu ;
recruter des enseignants et de animateurs intégrés socialement et culturellement, motivés et à la charge de l’Etat et des Collectivités ;
respecter les valeurs culturelles de ces populations ;
prendre en compte les besoins de développement de ces populations.

6.Une expérience salvatrice à encourager.

Sur initiative de l’Académie d’Enseignement de Mopti et de l’ONG Delta Survie, avec l’accompagnement financier de l’UNICEF et de la Coopération Suisse notamment, 22 écoles mobiles publiques ont été créées à ce jour, pour la prise en charge des enfants issus des populations nomades et semi-nomades défavorisées (peul, bozo et tamasheq).

Conclusion

Les populations nomades et semi-nomades ne sont pas réfractaires à l’école de type classique. Loin s’en faut. Toutefois, elles ne se déplacent jamais en laissant derrière leurs enfants. C’est pourquoi, il faut créer pour elles une école proche et adaptée : l’école mobile publique. C’est à ce prix que nous pourrions sauver des milliers d’enfants nomades et semi-nomades.

 


Forum des Peuples 2009 - Badiangara, Mali.
Coalitions des Alternatives Dette et Développement (CAD-Mali)

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